<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss'><id>tag:blogger.com,1999:blog-21540466</id><updated>2009-03-16T09:39:30.463+01:00</updated><title type='text'>MAPERO</title><subtitle type='html'>Site consacré à l'histoire contemporaine</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://mapero.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://mapero.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Mapero</name><uri>http://www.blogger.com/profile/18330229540441522359</uri><email>noreply@blogger.com</email></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>5</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>25</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-21540466.post-115001764745481492</id><published>2006-06-11T11:16:00.000+02:00</published><updated>2006-06-11T11:20:47.730+02:00</updated><title type='text'>Napoléon Bonaparte, les Juifs et la Palestine</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family: trebuchet ms;"&gt;Un document peu connu publié en annexe dans "Etre et exil. Philosophie de la nation juive" par M. Bar-Zvi, Cerf, 2006.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Proclamation de Bonaparte sur la Palestine 1799&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Quartier général, Jérusalem,&lt;br /&gt;1er floréal an 7 de la République française&lt;br /&gt;(20 avril 1799).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bonaparte,&lt;br /&gt;commandant en chef des armées de la République française d'Afrique et d'Asie,&lt;br /&gt;aux héritiers légitimes de la Palestine.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Israélites, Nation unique que, durant des millénaires, la soif de conquête et la tyrannie ont pu dépouiller uniquement de sa terre ancestrale nais non point de son nom ni de son existence nationale!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des observateurs attentifs et impartiaux de la destinée des peuples, même sans être doués des dons de prophétie d'un Israël et d'un Joël, ont depuis longtemps ressenti, eux aussi, ce qu'avaient prédit ces hommes avec leur foi merveilleuse et stimulante, au moment où ils voyaient approcher la destruction de leur royaume et de leur patrie: «&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les rachetés de l'Eternel reviendront et retourneront à Sion en chantant, et une joie éternelle sera sur leurs têtes. Ils retrouveront joie et bonheur, et tourments et soupirs disparaîtront &lt;/span&gt;(Isaïe, 35,10) ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors debout dans la joie, vous les exilés! Par une guerre sans exemple dans les annales de l'histoire, guerre engagée pour son autodéfense par une nation dont les territoires héréditaires étaient considérés par l'ennemi comme un butin à partager arbitrairement et selon leur bon plaisir sur un trait de plume des chancelleries, cette nation venge sa propre honte, ainsi que la honte des peuples les plus lointains, oubliés depuis longtemps sous le joug de l'esclavage; elle venge aussi l'ignominie qui pèse sur vous depuis près de deux mille ans. Et tandis que le moment et les circonstances pourraient paraître les moins propices à revendiquer vos droits ou même simplement à les exprimer, et vous contraindre ainsi à y renoncer totalement, c'est à ce Moment précis que, contre toute attente, cette Nation vous offre le patrimoine d'Israël.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La jeune armée avec laquelle la Providence rn 'a envoyé ici, guidé par la justice et escorté par la victoire, a fait de Jérusalem son quartier général; sous peu il sera transféré à Damas, un voisinage qui n'a plus rien de terrifiant pour la cité de David.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Héritiers légitimes de David!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La grande nation qui ne fait pas de trafic d'hommes et de territoires à la différence de ceux qui ont vendu vos ancêtres à tous les peuples (Joël 4,6) fait ici un appel à vous, non pas, certes, pour que vous fassiez la conquête de votre patrimoine; mais simplement pour que vous preniez possession de ce qui a été conquis, et qu'avec la garantie et l'aide de cette nation, vous en restiez les maîtres et le demeuriez contre tous ceux qui voudraient venir vous le prendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Debout! Montrez que la puissance écrasante de vos anciens oppresseurs a pu tout au plus mettre en sourdine le courage de ces frères héroïques dont l'alliance fraternelle aurait fait honneur même à Sparte et à Rome (Macchabées 12,15) mais que ces deux mille ans d'esclavage n'ont pas réussi à l'étouffer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hâtez-vous! Le moment est venu - et il peut ne pas se représenter avant des milliers d'années - de réclamer au sein des peuples de l'univers, la restauration de vos droits civiques dont vous avez été honteusement frustrés pendant des milliers d'années, votre existence politique de nation parmi les nations et le droit normal et sans restriction d'adorer Jéhovah selon votre foi, publiquement et probablement à tout jamais (Joël 4,20).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/21540466-115001764745481492?l=mapero.blogspot.com'/&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://mapero.blogspot.com/feeds/115001764745481492/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=21540466&amp;postID=115001764745481492' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/115001764745481492'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/115001764745481492'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://mapero.blogspot.com/2006/06/napolon-bonaparte-les-juifs-et-la.html' title='Napoléon Bonaparte, les Juifs et la Palestine'/><author><name>Mapero</name><uri>http://www.blogger.com/profile/18330229540441522359</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='12670952770251108443'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-21540466.post-114481943778221511</id><published>2006-04-12T07:16:00.000+02:00</published><updated>2006-04-12T07:23:58.066+02:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;div style="text-align: center; color: rgb(0, 0, 153);"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;Bertrand Barère de Vieuzac&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;ou l'Anacréon de la guillotine&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;**************************&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);font-size:100%;" &gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À quoi servent braderie, brocantes et autres vide-greniers ? Ma réponse d'aujourd'hui, c'est à trouver et payer 2 € un vieux volume des Éditions Tallandier, publié en 1929, –que sur le site de "chapitre.com" on trouve proposé entre 22 et 54 euros– : "Barère de Vieuzac" une biographie par Robert Launay.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• Quand la partie du programme d'Histoire de la classe de Seconde portant sur la Révolution française est traité en constituant des fiches ou des exposés sur les grands acteurs de l'époque, il est rare que l'on trouve Barère retenu et la raison en est sa quasi-absence de la mémoire nationale (Connaissez-vous des rues Barère, des Collèges Barère ?) et ceci est renforcé par la minceur de sa fiche dans les dictionnaires et encyclopédies?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;     C'est qu'en réalité, Bertrand Barère n'a pas bonne réputation. À la rigueur à Tarbes on peut  le connaître positivement pour avoir été le créateur du département des Hautes-Pyrénées en 1790. Mais les historiens ont, dès le XIXè siècle, eurent des opinions très critiques à son égard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Le surnom d'« Anacréon de la guillotine » lui a été donné par Edmund Burke (mort en 1797) en raison de sa disposition à travestir élégamment l'horreur quand la Première République s'installa en France. Pour Macaulay, «jamais individu dans l'histoire ou la fiction, que ce soit un homme ou un démon, n'a autant approché que Barère l'idéal de la dépravation consommée et universelle? Quand on réunit tous ses vices, sensualité, poltronnerie, bassesse, effronterie, fourberie, barbarie, on arrive à un résultat qu'on qualifierait du nom de caricature dans un roman et qui n'a pas, j'ose le dire, de parallèle dans l'histoire.» Jugement de Britanniques fâchés contre la Révolution française ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas seulement. Pour Hyppolite Taine : « Il n'y eut jamais d'homme moins gêné par sa conscience. Il en a plusieurs, celle de l'avant-veille, celle de la veille, celle du jour, celle du lendemain, celle du surlendemain, d'autres encore et autant qu'on en veut, toutes pliantes et maniables, au service du plus fort contre le plus faible?» (in Origines de la Révolution française).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son goût pour la propagande conjugué à la proclamation de discours fanatiques et criminels pourrait nous conduire aujourd'hui à le qualifier de «Goebbels français», mais ce fut davantage un caméléon de la politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1 - Un avocat disciple des Lumières&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Barère est né à Tarbes le 10 septembre 1755 dans une famille de robin. Avocat au parlement de Toulouse à la veille de la Révolution, Barère partage son temps entre le droit et les belles-lettres, et obtient des succès académiques. Un beau parti ce bourgeois qui s'est emparé d'une particule ? À trente ans, il épouse une jeune fille noble qui n'a que treize ans : il lui offre une poupée en cadeau de mariage. Élisabeth de Monde à peine mariée voit son bellâtre la quitter pour Toulouse puis Paris car le Bigorre l'envoie siéger aux États généraux. Il la reverra brièvement trois ans plus tard et ce sera tout. À Toulouse il appartenait à la loge l'Encycopédique, sa recommandation lui avait permis d'être admis à Paris chez les Amis des Noirs et aux Amis réunis lors d'un séjour effectué en 1788.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C'était le seul homme que j'aie vu arriver du fond de sa province avec un ton et des manières qui n'auraient jamais été déplacés dans le grand monde et à la Cour », notera Mme de Genlis. Et en effet, il sait y faire. Le duc d'Orléans en fait le tuteur de la belle Paméla, la fille qu'il a eue avec précisément Mme de Genlis. Il ne semble pas y avoir jamais eu de jugement plus flatteur sur notre personnage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bertrand Barère qui est habitué à briller par sa plume comprend, dès le début de la Révolution, la puissance de la presse et fonde Le Point du jour qui rend compte des débats de l'Assemblée constituante, où, à l'inverse de Robespierre, il brille beaucoup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;David -  Le serment du Jeu de Paume&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le tableau de David, on le voit assis, prenant des notes, derrière le chartreux dom Gerle (en blanc). En 1791, à la mort de Mirabeau, c'est lui, Barère, qui prononce devant l'Assemblée une oraison funèbre larmoyant. En juin, c'est encore lui qui prévoit que le roi conservera de nombreux châteaux et disposera d'une Liste civile en conséquence. Lorsque le roi tente de rejoindre l'armée des émigrés, c'est lui Barère qui ramène Marie-Antoinette de Varennes aux Tuileries.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la dissolution de la Constituante, la Législative marquant un renouvellement complet des députés, il occupe les fonctions de juge du Tribunal de cassation, en conséquence il met fin à son journal le Point du jour. Modéré jusqu'à l'été 1791, Barère va se muer en un énergique démocrate, après avoir hésité entre le club des Feuillants et celui des Jacobins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2 - Un Conventionnel régicide et terroriste&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la chute de la monarchie, il est élu à la Convention (par les Hautes-Pyrénées) et il s'impose rapidement, d'abord dans l'entourage de Danton. Il se prononce contre les Girondins dans la séance du 4 novembre 1792, lorsque les sections viennent exiger l'éloignement de Paris des fédérés des départements. Mais il condamne dans le même temps « le monstre de l'anarchie dont la tête s'élève du sein de la Commune de Paris ». Ayant pris place sur les bancs de la Plaine (ou Marais), il deviendra un allié des Montagnards et il laissera tomber Danton.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette posture de patriote fait de lui en novembre-décembre 1792 un Président de la Convention qui conduit le procès du roi. Il figure parmi les régicides ce qui lui vaut une rupture définitive avec sa femme et sa belle-mère. Mais à Paris cela lui permet de devenir membre du Comité de Salut Public (commission des affaires étrangères, de la marine, affaires militaires) du 6 avril 1793 au 1er septembre 1794. Dans la première version du CSP, il est l'élu qui recueille le plus de voix, 360, quand Danton en recueille 233.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il présente à la Convention des rapports lyriques sur la situation militaire : face aux armées de la Coalition, les armées de la République volent de victoire en victoire. Ses carmagnoles n'hésitent pas à travestir les défaites en succès. La perte du Vengeur au large de Brest, alors que plusieurs navires de ravitaillement venus de Saint-Domingue sont pris par les Anglais, devient ainsi un monument de propagande nationale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«… les vaisseaux du tyran anglais cernaient le vaisseau de la République et voulaient que l'équipage se rendît. Une foule de pièces d'artillerie tonnent sur le Vengeur; des mâts rompus, des voiles déchirés, des membrures de ce vaisseau couvrent la mer. Tant de courage, tant d'efforts surnaturels vont-ils devenir inutiles ? Misérables esclaves de Pitt et de George, est-ce que vous pensez que des Français républicains se remettront entre vos mains perfides et transigeront avec des ennemis aussi vils que vous ? Non, ne l'espérez pas : la République les contemple, ils sauront vaincre ou mourir pour elle… Tout à coup le tumulte du combat, l'effroi du danger, les cris de douleur des blessés cessent; tous montent ou sont portés sur le pont. Tous les pavillons, toutes les flammes sont arborés. Les cris de Vive la République! Vivent la Liberté et la France! se font entendre de tous côtés. C'est le spectacle touchant et animé d'une fête civique plutôt que le moment terrible d'un naufrage… Nos frères ne délibèrent plus ; ils voient l'Anglais et la Patrie; ils aiment mieux s'engloutir que la déshonorer par la capitulation. Ils ne balancent point, leurs derniers voeux sont pour la Liberté et la République : ils disparaissent.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La situation politique intérieure fait de Barère un chantre de la répression. Le 17 septembre 1793 il proclame: "Le vaisseau de la révolution ne pourra arriver au port que sur une mer de sang ". La Vendée est l'abomination à détuire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«Détruisez la Vendée et Valenciennes ne sera plus au pouvoir des Autrichiens. Détruisez la Vendée et le Rhin sera délivré des Prussiens. Détruisez la Vendée et l'Anglais ne s'occupera plus de Dunkerque. Détruisez la Vendée et l'Espagne sera morcelée et conquise par les méridionaux. Détruisez la Vendée et une partie de l'armée de l'Intérieur ira renforcer l'armée du Nord. Détruisez la Vendée et Toulon s'insurgera contre les Espagnols et les Anglais. Lyon ne résistera plus et l'esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la Révolution. La Vendée et encore la Vendée, voilà le chancre qui dévore le cœur de la République. C'est là qu'il faut frapper."  (août 1793).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'attitude de Barère, inquiet d'être victime de la Grande Terreur, est hésitante lors du 9-Thermidor. Il craint à la fois Robespierre et les Parisiens. Il soutient finalement la mise hors-la-loi des robespierristes en croyant sauver la Terreur et en devenir le leader par suite de l'élimination des plus compromis qu'il n'hésite pas à trahir. Barère vote ainsi contre Carrier. Mais la réaction thermidorienne ne lui pardonne pas son rôle au sein du Comité de salut public. Est-il lui aussi destiné à la guillotine ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3 - Le proscrit du Directoire&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Barère est d'abord mis sous surveillance à son domicile de la rue Saint-Honoré. Puis la Convention le condamne à la déportation. On doit l'escorter jusqu'à l'île d'Oléron, dernière étape avant la Guyane, en compagnie de deux autres proscrits. À Orléans, à Tours, à Poitiers, à Niort, la population tente de le lyncher. Les proscrits doivent partir chacun sur un bateau différent. Tandis que Billaud-Varennes et Collot d'Herbois sont embarqués pour la Guyane, faute de bateau Barère est ramené à Saintes, à l'abbaye des Dames transformée en prison, au milieu de détenus destinés aux galères. À Paris, Fréron s'indigne du retard et demande «qu'il emporte à Madagascar le secret de tailler des carmagnoles.» Informé, le 26 octobre 1795, Barère s'évade, se cache à Bordeaux chez le négociant Jacques Fonade. Le 19 avril 1797, les électeurs de Tarbes l'élisent néanmoins membre du Conseil des Cinq Cents : l'élection est annulée par le Directoire. En avril 1799, arrive à Bordeaux l'ordre d'arrêter Barère qui a été repéré : son cousin Hector est arrêté par erreur et Barère trouve une nouvelle cache dans la chaumière d'un paysan. Peu après, il retourne à Paris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À Bordeaux, Barère ne reste pas inactif. Il publie De la pensée du gouvernement républicain (1797) qui passe inaperçu, puis La Liberté des Mers ou le gouvernement anglais dévoilé : il y souhaite l'avènement d'une Société des Nations dont le centre serait quelque part au milieu de l'Europe et qui aurait pour but de grouper tous les États dans une défense commune, tout en endiguant la puissance navale anglaise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;4 - Un agent de la propagande de Bonaparte&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le coup d'état du 18-Brumaire a de quoi inquiéter Barère car Bonaparte pourrait s'en prendre Jacobins. Mais comme le nouveau pouvoir considère que la révolution est finie, Barère, reprend contact avec Fouché et offre ses services. Cambacérès et Bonaparte le reçoivent place Vendôme à l'Hôtel de la Chancellerie. Le premier Consul lui annonce la fin de la surveillance policière dont il était l'objet et lui offre de devenir préfet et de se mettre à son service comme informateur et propagandiste. Un premier travail consiste à répliquer à un transfuge, Francis d'Yvernois, qui avait fui la Révolution pour se mettre au service de l'Angleterre, et publié "Des causes qui ont amené l'usurpation de Bonaparte". Barère produit un texte plein de flagornerie, où Bonaparte est comparé à Solon, Lycurgue, et autres démocrates de l'Antiquité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Barère se trouve compromis dans le complot de Demerville (qui l'a hébergé) avec Aréna et Ceracchi. Ce Ceracchi est l'artiste romain qui a sculpté le buste de l'ancien Conventionnel. Barère va voir le général Lannes dont les services de surveillance doublent ceux de Fouché et dénonce les conjurés : on doit assassiner le Premier Consul à l'Opéra. Peu après survient l'explosion de la machine infernale, rue Saint-Nicaise : «Voilà l'oeuvre des Jacobins, dit Bonaparte dans son conseil. Si on ne peut les enchaîner, il faut qu'on les écrase, il faut purger la France de cette lie dégoûtante.» L'attentat accélère les poursuites contre Aréna et ses coaccusés. Le 30 janvier 1801 ils sont guillotinés. Barère l'a échappé belle; il va devoir se montrer plus reconnaissant envers le Premier Consul.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devenu informateur de Bonaparte, il adresse de 1803 à 1807 des rapports hebdomadaires sur l'opinion publique. Chaque semaine il remet son rapport confidentiel au général Duroc. Pour remplir sa mission de mouchard, Barère fréquente et épie les salons parisiens. Il retrouve le goût du journalisme et publie Le Mémorial antibritannique, journal subventionné (500 francs par mois) et dirigé contre le gouvernement de Londres. Bonaparte n'y trouvant que «niaiseries couvertes par des mots sonores» la publication dure peu mais cela suffit à Barère pour s'ouvrir les portes de l'ambassade de Russie où le convie Zatrapesnoff. Ainsi Barère est-il devenu une sorte d'agent double ou triple : il est aussi devenu un proche d'Izquierdo, envoyé de la Cour de Madrid et intime de Godoï, qui lui démontre l'immoralité de la guerre de "Buonaparte".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'importance de Barère décline désormais de plus en plus. Après le Sacre, il reçoit de Duroc l'ordre de cesser l'envoi de ses notes confidentielles après le 223è bulletin. En 1810, l'élection par les Tarbais est invalidée une seconde fois sous l'Empire. En 1812, lors de l'agitation des faubourgs, le ministre de la Police, le général Savary, le convoque : «Quels sont les chefs du mouvements ?» Mais Barère n'est plus un informateur utile. Deux ans après, c'est l'invasion et Barère fuit Paris pour les Pyrénées. À peine est-il arrivé à Tarbes que l'armée anglo-espagnole de Wellington est déjà à Orthez : alors Barère fait demi-tour et se replie sur Limoges. Une fois les cosaques entrés dans Paris, Barère peut y revenir. Il se tourne vers Louis XVIII, lui propose un projet d'alliance commerciale avec Londres et compose à tout hasard un appel à l'acceptation de la Charte, en attendant, l'Ogre une fois revenu de l'île d'Elbe, de proposer un projet de Constitution à Fouché ! Le droit constitutionnel est resté sa spécialité. Enfin il est élu des Hautes-Pyrénées à la Chambre des Cent-Jours !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;5 - Le dernier survivant du Comité de Salut Public&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Louis XVIII revenant après Waterloo, Barère doit fuir, en tant que régicide, et réussissant à tromper la Kommandantur prussienne, c'est en Belgique qu'il trouve asile, à Mons. Parfois, à Bruxelles il va retrouver Cambacérès et David.  Le gouvernement français demande son arrestation mais la police du roi Guillaume ne trouva aucun Barère : il avait pris le nom de M. de Roquefeuille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il revient en France après la glorieuse Révolution de 1830. Mais on s'interroge encore sur son passé. Alors Barère prétend qu'il n'a eu aucune responsabilité dans la mort de Philippe-Égalité et, apparemment convaincu, Louis-Philippe lui verse une pension. De retour à Tarbes, il a encore assez de prestige pour être élu conseiller général et il y mourut en janvier 1841. Ainsi s'éteignit le dernier survivant du Comité de Salut Public. Cet homme avait vécu le combat des Parlements contre l'absolutisme, la monarchie régénérée par 1789, la Terreur et la dictature du CSP, le Directoire, le Consulat, l'Empire et les Cent-Jours, la Restauration, la monarchie de Juillet.  Avait-il cru en autre chose que l'opportunisme ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/21540466-114481943778221511?l=mapero.blogspot.com'/&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://mapero.blogspot.com/feeds/114481943778221511/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=21540466&amp;postID=114481943778221511' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/114481943778221511'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/114481943778221511'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://mapero.blogspot.com/2006/04/bertrand-barre-de-vieuzac-ou-lanacron.html' title=''/><author><name>Mapero</name><uri>http://www.blogger.com/profile/18330229540441522359</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='12670952770251108443'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-21540466.post-114382091021648667</id><published>2006-03-31T17:55:00.000+02:00</published><updated>2006-03-31T18:01:50.250+02:00</updated><title type='text'>L'HISTOIRE EST-ELLE EN DÉCLIN ?</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt; &lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(0, 102, 0);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class="down" style="display: block; font-family: trebuchet ms; color: rgb(255, 0, 0);" id="formatbar_JustifyLeft" title="Aligner à gauche" onmouseover="ButtonHoverOn(this);" onmouseout="ButtonHoverOff(this);" onmouseup="" onmousedown="CheckFormatting(event);FormatbarButton('richeditorframe', this, 10);ButtonMouseDown(this);"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avec la vague "décliniste", après les querelles  sur Histoire et mémoire,  et notamment sur le passé colonial (un passé qui était trop vite passé ?), on pourrait se demander si ce n'est pas l'essentiel de la production historique française contemporaine qui va être mise au banc des accusés. Voici un premier pas dans cette interrogation :&lt;/span&gt;  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(0, 102, 0);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt; &lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(0, 102, 0);"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;APPREHENDER LE XXe SIÈCLE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(0, 102, 0);"&gt;Une pensée tiède face à un âge des extrêmes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 102, 0);"&gt;La Quinzaine Littéraire,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 102, 0);"&gt;spécial 40 ans&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 102, 0);"&gt;16-31 mars 2006.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sans complaisance, l'historien Enzo Traverso revient sur les événements marquants du dernier quart de siècle dans le domaine de l'Histoire, du chantier des Lieux de mémoire au débat sur le colonialisme, en passant par les débats provoqués par François Furet et son Passé d'une illusion.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans un récent pamphlet enflammé et ravageur, l'historien britannique Perry Anderson se penche sur l'état de santé de la culture française pour dresser un bilan résolument catastrophique, pratiquement sans appel. Il détecte les symptômes d'un déclin avancé, proche de l'agonie, dans plusieurs domaines, dont l'Histoire, irrémédiablement frappée de provincialisme, repli hexagonal, absence de dialogue avec les principaux courants internationaux aussi bien dans les choix des grandes maisons d'édition que dans l'orientation des principales institutions de recherche, sous un horizon idéologique de plus en plus conformiste. Le diagnostic d'ensemble certains commentateurs l'ont souligné avec irritation est, à plusieurs égards, excessif, mais souvent il frappe juste et mériterait sans doute d'être davantage médité. Il reflète une attitude à l'égard de la France partagée par beaucoup d'intellectuels étrangers, même si rarement elle est exprimée avec une telle force et une telle irrespectueuse franchise. Il y a là, à coup sûr, une bonne dose de ressentiment et de déception. Anderson appartient à une génération qui, pendant au moins deux décennies, a considéré la culture française comme un pôle de référence et un centre de rayonnement incontournable sur la scène internationale. A une époque dans laquelle Londres lui apparaissait comme la capitale de l'« émigration blanche », avec ses Karl Popper, Friedrich Hayek et Isaiah Berlin, le Paris de Sartre et du structuralisme, de la Nouvelle Vague et de l'école des Annales luisait comme un foyer d'innovation intellectuelle et de pensée critique. Si ce n'est plus le cas de nos jours la liste interminable et rituellement rappelée des grands esprits décédés au cours des vingt dernières années en témoigne douloureusement ' on pourrait néanmoins se demander si ce déclin est d'une part si profond et, d'autre part, si exclusivement français. Il suffit de porter un regard rapide et superficiel sur les pays environnants pour se rendre compte que, somme toute, ils ne sont pas mieux lotis. Prenons le domaine qui nous intéresse ici, celui de l'historiographie. La « micro-histoire » italienne est certes un des courants les plus féconds et originaux, mais elle reste largement minoritaire et, en dépit de l'éclat de certains de ses représentants, notamment Carlo Ginzburg, elle n'a pas créé des institutions importantes. En Allemagne, la mort de Reinhart Koselleek laisse orpheline l'histoire conceptuelle. En Grande-Bretagne, où travaille une pléiade de grands historiens, le courant le plus original et novateur de l'après-guerre, l'histoire sociale d'inspiration marxiste, a perdu son chef de file, E.P. Thompson, qui est loin d'avoir trouvé un remplaçant. Si les historiens français restent prisonniers d'une perspective hexagonale, leurs homologues espagnols, quant à eux, ont souvent du mal à dépasser un horizon régional.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les facteurs structurels que Anderson indique pour dresser son bilan du déclin français  un État qui a perdu son statut de grande puissance, une langue qui n'est plus universelle, des institutions sclérosées qui, avec le système des grandes Écoles, reproduisent des élites coupées de la société réelle sont connus et ont déjà fait l'objet de nombreuses analyses. Mais il est fort probable que ce déclin cache une tendance plus générale, celle d'une mutation des conditions et des formes de la production culturelle qui concerne la France au même titre que les autres pays du monde occidental. Au cours des vingt dernières années, la production en sciences humaines  et de l'Histoire avec elles  s'est considérablement développée sur le plan quantitatif, aussi bien en termes de thèses soutenues dans les universités que d'ouvrages publiés et de recherches menées. Cela implique forcément une spécialisation et une fragmentation des objets qui ne favorise ni l'émergence d'esprits originaux et créateurs, puisque les recherches sont davantage encadrées et soumises à des contraintes institutionnelles, ni les travaux de grande envergure, les interprétations globales, les synthèses brillantes. Qui pourrait s'aventurer aujourd'hui à écrire des ouvrages aussi ambitieux que La Méditerranée de Fernand Braudel, La société féodale de Mare Bloch ou même des histoires de la Révolution française comme celles de Georges Lefebvre et Albert Soboul ? Ce qu'on a tendance à qualifier de « déclin » n'est souvent qu'une tendance à l'émiettement des savoirs, incapables de communiquer entre eux, d'atteindre un public plus vaste que celui d'une restreinte communauté de spécialistes (souvent les spécialistes ne se connaissent pas à l'intérieur d'une même discipline) et par conséquent de produire des synthèses de qualité. Lorsqu'elles se font, les synthèses sont inévitablement des entreprises collectives rassemblant des spécialistes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La recherche française en histoire contemporaine du dernier quart de siècle a été marquée par une pléiade d'ouvrages importants et par l'ouverture de nouveaux chantiers. Il suffit de penser à l'histoire de la mémoire, amorcée par Pierre Nora en 1980 dans Les lieux de mémoire, qui débouchera finalement sur un gigantesque travail collectif de patrimonialisation du passé national, étalé sur plus d'une décennie. L'histoire de la mémoire collective  et l'interrogation sur la place du témoin dans la représentation du passé  a été fructueusement poursuivie dans d'autres domaines « sensibles » comme la déportation et la Shoah (Annette Wieviorka, Nicole Lapierre), le régime de Vichy (Henry Rousso) ou la guerre d'Algérie (Benjamin Stora). Il suffit de penser à l'histoire des femmes, où se détachent les travaux de Michelle Perrot qui récoltent les fruits des recherches amorcées dès les années soixante-dix. Il suffit de penser à l'histoire de la Grande Guerre, renouvelée par les travaux de Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, Antoine Prost ou Frédéric Rousseau, et à l'histoire de l'immigration, dont l'impulsion est venue surtout des recherches de pionnier de Gérard Noiriel. Mais on pourrait rappeler aussi d'autres chantiers importants, par exemple celui de l'histoire intellectuelle, marquée par le passage de l'histoire des idées à l'histoire des intellectuels, avec leurs réseaux institutionnels et sociaux, leurs clivages générationnels et leurs formes de sociabilités (Christophe Charle, Michel Trebitsch et autres). Et l'on pourrait enfin ajouter l'histoire culturelle dont la dernière grande entreprise est une Histoire du corps dirigée par Alain Corbin, Georges Vigarello et Jean-Jacques Courtine  qui montre l'impact fructueux de l'anthropologie et de l'héritage foucaldien sur la recherche historique. Reste le fait que ces nombreux travaux ont du mal à s'inscrire dans un contexte général, nourri d'échanges et de transferts culturels. La preuve en est peut-être l'absence d'une vision globale de l'histoire du XXe siècle. Anderson souligne le retard scandaleux de la traduction française (grâce à un éditeur belge et au concours d'un journal comme Le Monde diplomatique) de L'Age des extrêmes d'Eric Hobsbawm, mais il s'agit d'un phénomène bien plus vaste. On ne trouve pas, en France, l'équivalent des ambitieuses tentatives d'interpréter le XXe siècle qui, au cours des quinze dernières années, ont vu le jour dans plusieurs pays (les ouvrages d'Eric Hobsbawm, Mark Mazower, Dan Diner, Marcello Flores et Tony Judt ne sont souvent même pas traduits). On a l'impression qu'en France le besoin de repenser le XXe siècle ne soit pas très ressenti. A la place de ces ouvrages, on trouve en revanche de nombreux manuels pour les concours du Capes et de l'Agrégation qui remplissent les étagères des librairies et qui s'efforcent de partager tous la même règle l'indigence des contenus et la laideur de la couverture. Ce fléau n'est au fond que l'illustration d'une tendance à la démission de la pensée critique et à la transformation de l'historien, quel que soit son domaine de recherche, en « spécialiste », dont la fonction primaire n'est pas celle de contribuer à forger une conscience critique du passé dans l'espace public mais celle de produire des « expertises » et de fournir un «kit» facile à digérer (par exemple Le x siècle en question(s). 625 petites réponses). Si les institutions étaient reconnaissantes à cet historien « loyal », elles ne feraient pas de cadeaux à ceux qui s'attaquent à ce consensus politico-institutionnel (comme l'ont constaté ceux qui, à l'instar de Jean-Luc Einaudi, historien du massacre du 17 octobre 1961, se sont heurtés à la fermeture des archives sur les thèmes dits « sensibles »).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut donc admettre qu'Anderson frappe juste dans son constat du conformisme dominant dans la culture française d'aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'instruire un procès contre les historiens, mais de voir comment leur travail s'inscrit dans un contexte politique et inévitablement est conditionné par un certain air du temps. Sans oublier que ce travail peut aussi être un des vecteurs de ce consensus «tiède », comme l'indique Anderson lorsque, après avoir soumis Les lieux de mémoire à une critique décapante, fait allusion à la revue que Nora dirige avec Marcel Gauchet, Le Débat, pour y voir la célébration du « sacre du libéralisme » désormais devenu « le paradigme totalisant de la vie publique française ». Quels sont les grands débats historiques qui ont secoué la France et eu des échos dans le reste du monde au cours du dernier quart de siècle ? D'abord le bicentenaire de la Révolution française  dès 1989 qualifié d'« indigne » par Daniel Bensaid  qui a instauré l'hégémonie furetiste sur une historiographie longtemps dominée par une école jacobino-marxiste, et a été salué par les médias comme un enterrement définitif de toute tradition révolutionnaire. Cette révision libérale, que Furet a menée sous le signe de Tocqueville et Auguste Cochin, s'est annoncée en 1978 avec son pamphlet polémique Penser la Révolution française et s'est achevée dix ans plus tard avec un ambitieux Dictionnaire historique de la Révolution française codirigé avec Mona Ozouf. La page de l'histoire sociale était tournée, il ne restait plus que l'idéologique et le politique, scindé entre le bien (libéral) et le mal (totalitaire). Ce bicentenaire de tonalité plutôt contre-révolutionnaire, comme l'avait remarqué avec son ironie subtile l'historien américain Steven Kaplan, devait fructifier au cours des années suivantes avec des études montrant dans la Terreur jacobine la matrice des totalitarismes modernes (Patrice Gueniffey) sinon des génocides du XXe siècle (Alain Gérard). L'étude de la Révolution française sera renouvelée ailleurs, comme le montre Les Furies, le grand ouvrage que Arno Mayer a consacré à une comparaison entre la Révolution française et la Révolution russe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a une autre querelle historique qui, née en France au milieu des années  quatre-vingt-dix, a connu un grand retentissement international. Il s'agit, bien évidemment, du débat sur le communisme, ouvert encore une fois par Furet avec Le passé d'une illusion et poursuivi deux ans plus tard par Le livre noir du communisme sous la direction de Stéphane Courtois. Une fois achevée sa démolition de la « vulgate jacobino-léniniste » de Soboul et Mazuric, Furet avait finalement retrouvé le plaisir du dialogue avec un interlocuteur à ses yeux plus fréquentable comme Ernst Nolte.  Stimulé par cet échange, il a rédigé un ouvrage dans lequel l'histoire du communisme, complètement privée de sa dimension sociale, était réduite aux égarements malfaisants d'une idée, une idée désormais contemplée de loin, de l'observatoire désenchanté d'un monde solidement et définitivement établi sur les rails du libéralisme, le destin providentiel de l'Histoire. Pour Anderson, qui ne met pas de gants pour le critiquer, ce livre n'est qu'une ((croûte si on le compare aux autres ouvrages de Furet ». Il reste néanmoins une réflexion d'une grande profondeur si on le compare aux contributions de Stéphane Courtois au Livre noir du communisme, entreprise politico-médiatique dont le succès commercial a révélé aux yeux du monde le niveau de dégradation atteint par le débat intellectuel et idéologique en France. Le livre de Furet avait le souffle et l'envergure d'une grande fresque historique comme nous n'en avions plus connues depuis Isaac Deutscher. Hélas, les recherches les plus intéressantes et novatrices dans ce domaine  Le siècle des communismes restent frappées par les limites de la recherche scientifique indiquées plus haut (spécialisation et fragmentation), sans pouvoir atteindre, même pas de loin, une influence comparable à celle de Furet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une autre querelle historique&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'horizon, cependant, n'est pas si noir. Une nouvelle génération d'historiens semble désormais se profiler. Son identité est bien plus européenne, voire internationale, que simplement hexagonale. Elle est sensible aux courants historiographiques  que l'on pense seulement aux études post-coloniales  vis-à-vis desquelles la culture française s'est montrée jusqu'à présent imperméable, sinon hermétiquement fermée. Le paradoxe réside dans le fait que  François Cusset l'a très bien montré dans son French Theory à propos du « tournant linguistique » et du postmodernisme  ces courants ont souvent une matrice française (le structuralisme de Foucault, la déconstruction de Derrida, etc.), dont il constituent un développement coupé de son terreau originaire. Mais ce hiatus commence à être comblé. Pas encore grâce à la traduction d'auteurs importants qui restent méconnus aux lecteurs francophones (de Gayatri Chakravorty Spivak à Ranahit Guha), mais surtout grâce à la création d'une école française d'études post-coloniales et d'histoires des sujets subalternes. Les débats suscités par la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » du colonialisme ou sur la révolte des jeunes issus de l'immigration post-coloniale sont à cet égard des tests significatifs. En effet, ces polémiques ont révélé une grande effervescence d'études sur le colonialisme français, sa matrice et son héritage culturel, et ces études c'est là l'essentiel ne restent pas cantonnées à des milieux universitaires, mais parviennent à toucher un public plus large. Le foisonnement des colloques consacrés à ce thème, ainsi que la parution d'ouvrages de salubrité publique comme La fracture coloniale, constituent, de ce point de vue, des nouveautés fort encourageantes. On peut espérer que la vague libérale commence à s'essouffler pour laisser la place au renouveau de la pensée critique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;Quelques références bibliographiques — c'est-à-dire celles de l'article cité —&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Perry Anderson, La pensée tiède. Un regard critique sur la culture française, Seuil, 2005.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, 1418, retrouver la guerre, Gallimard, 2000.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire (éds), La fracture coloniale. La société française au prisme de l'héritage colonial, La Découverte, 2005.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Sonia Combe, Archives interdites, La Découverte, 1998.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Stéphane Courtois (éd.), Le livre noir du communisme, Laffont, 1997.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• François Cusset, French Theory, La Découverte, 2003.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Dan Diner, Das Jahrhundert verstehen, Luchterhand, München, 1999.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Georges Duby, Michelle Perrot (éds), Histoire des femmes en Occident, Perrin, 2005, 5 vol.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Marcello Flores, Il secolo-mondo, Il Mulino, Bologna, 2000.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• François Furet, Penser la Révolution française, Folio-Gallimard,, 1978.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• François Furet, Mona Ozouf (éds), Dictionnaire critique de la Révolution française, Flammarion, 1992.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• François Furet, Le passé d'une illusion. Essai sur l'idée communiste au xY siècle, Laffont, Calmann-Lévy, 1995.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Alain Gérard, Par principe d'humanité. La Terreur et la Vendée, Fayard, 1999.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Patrice Gueniffey, La politique de la Terreur Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard, 2000.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Eric Hobsbawm, L'Age des extrêmes, Complexe, 1999.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Tony Judt, Postwar : A History of Europe since 1945, Penguin Books, 2005.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Steven Kaplan, Adieu 89, Fayard, 1993.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Mark Mazower, Le continent des ténèbres. Une histoire de l'Europe au XXe siècle, Complexe, 2005.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Arno J. Mayer, Les Furies. Violence, vengeance et terreur au temps de la Révolution française et de la Révolution russe, Fayard, 2002.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Gérard Noiriel, Le creuset français. Histoire de l'immigration aux XIX et XX°siècle, Seuil, 1987.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Pierre Nora (éd.), Les lieux de mémoire, Quarto-Gallimard, 1997, 4 tomes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Claude Pennetier (éd.), Le siècle des communismes, Editions de l'Atelier, 2000.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Henry Rousso, Le syndrome de Vichy, Seuil, 1987.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;• Annette Wieviorka, L'ère du témoin, Hachette, 1998.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center; color: rgb(0, 0, 153);"&gt;————————— à suivre ———————————&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/21540466-114382091021648667?l=mapero.blogspot.com'/&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://mapero.blogspot.com/feeds/114382091021648667/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=21540466&amp;postID=114382091021648667' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/114382091021648667'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/114382091021648667'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://mapero.blogspot.com/2006/03/lhistoire-est-elle-en-dclin.html' title='L&apos;HISTOIRE EST-ELLE EN DÉCLIN ?'/><author><name>Mapero</name><uri>http://www.blogger.com/profile/18330229540441522359</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='12670952770251108443'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-21540466.post-114087820760323653</id><published>2006-02-25T15:23:00.000+01:00</published><updated>2006-02-25T16:33:02.566+01:00</updated><title type='text'>HISTOIRE OU MEMOIRE ?</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Histoire ou mémoire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La complémentarité des deux pouvoir paraître de bonne augure. Il n'en fut rien car il s'est creusé un fossé entre les historiens, notamment les universitaires, dont le travail n'est pas de décerner des jugements moraux, mais de faire avancer les connaissances, sans a priori, et les communautés qui prennent en charge la mémoire et pour qui le jugement moral est inséparable de leur passion mémorielle qu'on appelle aussi le devoir de mémoire quand elle est partagée par la majeure partie de la nation. Et ce fossé s'est politisé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les textes du dossier :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• Thierry Le Bars et Claude Liauzu, "Sur l'histoire de la présence française outre-mer", L'Humanité, 10 mars 2005.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• La motion de l'APHG, 22 mai 2005&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• Antoine de Baecque, "La Fronde des Historiens", Libération, 17 octobre 2005&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• L'appel des historiens : «Liberté pour l'Histoire !», Libération, 13 décembre 2005&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• Interview de Pierre Nora : « La France est malade de sa mémoire», Le Monde 2, le 18 février 2006.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• René Rémond, "Contre les vérités officielles", L'Histoire (n°306, février 2006)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• Annette Wievorka, "Avant de balayer la loi Gayssot…"L'Histoire (n°306, février 2006)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;• Interview de Françoise Chandernagor, L'Histoire (n°306, février 2006)&lt;br /&gt;• Les articles de lois incriminés par l'Appel des 19.&lt;br /&gt;• Chronologie : un an de passes d'armes.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;====================================================================&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Colonisation : la fronde des historiens&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;par Antoine de BAECQUE, Libération, lundi 17 octobre 2005&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Alors que le ministre tente d’apaiser la polémique, ils continuent à dénoncer la loi instaurant le « rôle positif » de la France coloniale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aux Rendez-Vous de l’histoire se retrouvent à Blois, le temps de conférences, débats, projections et forums, plus de 20 000 passionnés d’histoire essentiellement des enseignants du secondaire et du supérieur. Et plusieurs centaines de spécialistes, chercheurs, universitaires. Le lieu idéal pour faire entendre la protestation contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005, imposant que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif » de la colonisation. Les 57 000 profs d’histoire français sont en effet en première ligne pour refuser, sur le fond (on ne les voit pas tresser des louanges à l’ancien empire français) comme sur la forme (on ne les voit pas non plus se laisser imposer un quelconque jugement de valeur dans leurs programmes), l’application d’un tel texte législatif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pétition. Après l’adoption de la loi, un collectif d’historiens s’était d’ailleurs mis en place, sous l’impulsion de Claude Liauzu, professeur émérite à l’université Paris-VII, pour faire circuler une pétition, sonner l’alarme et mobiliser dans les milieux tant enseignants que journalistiques. On le retrouvait samedi à Blois, à l’origine d’un appel visant à « informer les enseignants et le public de la gravité du problème » et demandant au ministre de l’Education nationale de « se prononcer et d’intervenir au sein du gouvernement pour faire abroger l’article 4 ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A midi, samedi, une trentaine d’historiens représentant les organisations signataires de l’appel les Historiens contre la loi, la Ligue des droits de l’homme, la Ligue de l’enseignement, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), le Syndicat national des enseignements du second degré (Snes), la Fédération syndicale unitaire (FSU), SUD éducation se sont présentés devant la Halle aux grains, centre névralgique des Rendez-Vous de l’histoire, pour le lire et le remettre aux organisateurs. Ambiance bon enfant, références sérieuses on est loin des manifestations plus virulentes des Indigènes de la République, voire des fans de Dieudonné , mais détermination sans faille. La mobilisation semble d’ores et déjà rendre cet article de loi inapplicable dans la pratique de l’enseignement de l’histoire. Ce qu’a entériné Gilles de Robien dès hier en déclarant « de façon claire et simple » dans le Journal du dimanche : « L’article 4 de la loi du 23 février 2005 n’implique aucune modification des programmes actuels d’histoire qui permettent d’aborder le thème de la présence française outre-mer dans tous ses aspects et tous ses éclairages. » Le ministre de l’Education nationale convient de plus de ne « pas banaliser ni nier » la colonisation et la décolonisation, s’inscrivant ainsi dans le cadre de la loi Taubira de mai 2001, qui mentionnait explicitement la nécessité d’une place dans les manuels scolaires pour le problème de l’esclavage et la question coloniale. Et se défend, enfin, de vouloir imposer « l’enseignement d’une histoire officielle ». Présent à Blois, Dominique Bornes, ancien doyen de l’inspection générale de l’Education nationale, décrypte ainsi la lettre ministérielle : « Le ministre dit une chose forte : on n’a pas à dire aux professeurs d’histoire ce qu’ils ont à faire. » C’est aussi ce qu’on peut nommer un habile déminage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi après-midi, l’un des débats des Rendez-Vous, pris d’assaut, portait précisément sur « la France malade de son passé colonial », éclairant de façon plus large les enjeux de la manifestation précédente. Deux historiens, Pap Ndiaye, qui vient de diriger le numéro spécial de la revue l’Histoire « la Colonisation en procès », et Françoise Vergès, vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, y dialoguaient avec une salle très remontée. Tous ont signalé combien la France de 2005 était rattrapée par la question du passé colonial de la République et, au-delà, de son passé esclavagiste. Et comment ce retour d’un refoulé historique nourrit au présent des identités traumatiques concurrentes. Etre noir en France, être beur, c’est de plus en plus se proclamer victime de l’Histoire, descendant d’esclaves, de déportés africains, de colonisés, d’immigrés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Héritage victimaire. La ligne de fracture mémorielle recouvre ainsi une ligne de fracture sociale. Les plaies d’une mémoire coloniale meurtrie (qui pouvait être bien souvent perdue mais se reconstitue rapidement, même de façon mythique) sont comme réactivées par le contexte de la dureté économique, sociale, politique, pour les jeunes issus de l’immigration. Ce combat est mené au nom de l’héritage victimaire, replacé en tant que mythe fondateur de l’identité communautaire, et vient réclamer des comptes à la République. Dès lors, face à cette demande de plus en plus pressante, réparer la faute coloniale voire esclavagiste , ce n’est sûrement pas en reconnaître le « rôle positif ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;——————————————————————————————————————————————&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;Sur  l’histoire de la présence française outre-mer &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Thierry Le Bars (professeur de droit à l’université de Caen Basse-Normandie) et Claude Liauzu (professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Denis-Diderot Paris-VII) réagissent à la loi du 23 février 2005.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[Article paru dans L’Humanité, le 10 mars 2005.]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 23 février 2005, a été promulguée une loi portant « reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Au moins deux des dispositions de ce texte posent question à la fois à l’historien et au juriste et font problème pour le citoyen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’article 1er de cette loi énonce que « la nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’oeuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. Elle reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés, les disparus et les victimes civiles et militaires des événements liés au processus d’indépendance de ces anciens départements et territoires, et leur rend, ainsi qu’à leurs familles, solennellement hommage ». Rendre justice aux nombreux témoins ou acteurs de la période coloniale et de la décolonisation est louable. Très souvent, quel que soit le bord auquel ils appartiennent, ils ont le sentiment d’être des oubliés de l’histoire. C’est le cas, en particulier, des harkis, que la République a laissé croupir dans des camps misérables, après avoir abandonné leurs frères entre les mains du FLN. C’est le cas aussi des pieds-noirs, dont les mémoires sont blessées et qui se sentent fréquemment traités comme les boucs émissaires d’un passé douloureux. Fallait-il, pour autant, exprimer cette reconnaissance dans la loi ? Le juriste vous répondra non, car le rôle de la loi n’est pas de proclamer des sentiments ou des hommages ; c’est, vous le savez bien, de créer des règles, et uniquement cela.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais peu importe, l’essentiel se trouve, à notre sens, dans l’article 4 de la loi, qui dispose, entre autres choses, que les programmes scolaires « accordent à l’histoire et aux sacrifices des - combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ». En agissant ainsi, vous vous êtes arrogé le droit de déterminer le contenu des programmes scolaires. Comme vous le savez, cette mission relève du domaine réglementaire, puisqu’en matière d’enseignement, la Constitution ne vous confie que le soin de poser les principes fondamentaux. Normalement, les programmes scolaires font l’objet d’une concertation entre le ministère de l’Éducation nationale, l’inspection générale et les représentants des enseignants. Cela étant, vous êtes coutumiers de ce genre détement sur les prérogatives du pouvoir exécutif. Votre texte rappelle d’ailleurs singulièrement une loi du 21 mai 2001, qui déclare que les programmes scolaires doivent accorder « à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ». Cette fois, c’est à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de l’outre-mer qu’il faut attribuer « une place éminente » dans les programmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous auriez pu en rester là, mais vous êtes - allés encore plus loin en écrivant, toujours dans l’article 4, que les programmes scolaires « reconnaissent (...) le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». En adoptant cette disposition, vous avez pris parti sur le sens à donner à la colonisation dans l’enseignement. Sur le fond, votre position est extrêmement contestable. Qu’il y ait eu des aspects positifs dans le phénomène colonial est indéniable ; il n’est qu’à penser aux hôpitaux, aux routes ou aux écoles que la France a bâtis dans les pays intégrés à son empire colonial. Mais comment peut-on dire de manière générale que le rôle joué par notre pays outre-mer a été positif, quand on en connaît les aspects les plus - révoltants ? Faut-il rappeler les massacres des conquêtes, les tortures, les dépossessions, le travail forcé, les lois dites de l’indigénat, les trois siècles et demi de traite et d’esclavage, qui ont marqué de manière indélébile les Antilles et la Réunion ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’article 4 pose la question du rôle que vous vous attribuez à l’égard de l’histoire. Vous appartient-il d’en imposer une version légale, légitime et officielle ? Certains diront que vous l’avez fait, en 1990 et en 2001, d’abord en érigeant en infraction la négation du génocide perpétré par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, puis en reconnaissant le génocide arménien de 1915. Invoquer ces précédents, de même que - celui de la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, ce que feront peut-être certains activistes de la mémoire, ce serait - comparer ce qui n’est pas comparable. En 1990 et en 2001, vous étiez confrontés à l’innommable et à des événements sur l’existence desquels un consensus a été établi par quantité d’études sur lesquelles les historiens sérieux s’accordent. Ceci légitimait votre intervention. Toute différente est la situation dans laquelle vous vous trouviez à l’égard de la colonisation, spécialement celle de l’Afrique du Nord, car elle fait l’objet de débats et son évaluation est extrêmement controversée au sein de la communauté des historiens, que vous n’avez même pas jugé bon de consulter. Vous avez pris position arbitrairement dans un débat auquel la loi devrait rester étrangère. - Légiférer consiste à créer des normes, à énoncer ce qui doit être ; cela ne consiste pas à dire ce qui est ou ce qui a été. Vous avez pris le risque d’exacerber les passions dans un domaine où toutes les blessures ne sont pas encore refermées. On doit respect aux morts, on ne doit que la vérité aux vivants, disait Anatole France. Cette vérité est indispensable pour permettre aux enfants qui vivent ici de comprendre pourquoi et comment ils sont appelés à bâtir ensemble leur avenir. Enfin et surtout, vous avez instauré un précédent fâcheux. La neutralité scolaire est un principe qui a permis de ne pas faire des salles de classe le champ clos des guerres - civiles de notre histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nul n’a envie de vivre dans une société où le législateur indiquerait au citoyen ou à l’écolier ce qu’il faut penser et à l’enseignant ce qu’il faut dire. Notre passé collectif ne vous appartient pas. L’article 4, alinéa 2, de la loi du 23 février 2005 n’est pas digne d’une démocratie. Nous vous demandons de l’abroger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;°°°°°°°°°°°°°°&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; MOTION APHG&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;«IL APPARTIENT AUX HISTORIENS D’ECRIRE L’HISTOIRE  ET AUX ENSEIGNANTS DE L’ENSEIGNER»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paris, le 22 mai 2005&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le Comité national de l’APHG, réuni à Paris, le 22 mai 2005,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- dénonce la dérive actuelle conduisant le Parlement à inscrire dans la loi des dispositions relatives aux contenus précis d’enseignement qui relèvent de textes réglementaires (décrets, arrêtés, circulaires…), comme vient de le rappeler le Conseil constitutionnel à propos de plusieurs articles de la Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- demande en conséquence l’abrogation de l’article 4 de la Loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, qui stipule : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Se fondant sur les déclarations de M. le ministre délégué aux anciens combattants, commentant cette loi (1),&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;l’APHG&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- demande que soit mis fin aux pratiques qui consistent à instrumentaliser l’enseignement de l’histoire au service des « devoirs de mémoire »,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- rappelle que les contenus d’enseignement en histoire et en géographie doivent se fonder sur les acquis de la recherche scientifique, pour laquelle l’Université et le CNRS doivent être dotés de moyens suffisants,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- réaffirme que pour exercer, sur ces bases, la liberté pédagogique que leur reconnaît la loi, les professeurs doivent continuer à être recrutés à un haut niveau de compétence scientifique et bénéficier d’une formation continue universitaire de qualité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(1) « (…) Il est évident que les historiens et les enseignants travaillent et travailleront comme ils l’entendent. Ils ont toujours été libres en France, et on voit mal qui voudrait les contraindre. Prétendre imposer une pensée officielle aux historiens et diffuser une histoire homologuée en classe serait stupide et n’a jusqu’à présent été réalisé sur notre continent que par des régimes totalitaires. Ni le législateur ni le gouvernement n’en ont eu le projet, ni même l’idée. Il appartient aux historiens d’écrire l’histoire et aux enseignants de l’enseigner. (…) »&lt;br /&gt;(Hamlaoui Mékachéra, « Colonisation : réconcilier les mémoires », Le Monde, 8 mai 2005.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Motion adoptée à l’unanimité par le Comité national de l’APHG,&lt;br /&gt;Paris le 22 mai 2005&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;°°°°°&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Appel des 19&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center; color: rgb(153, 0, 0);"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:180%;" &gt;L'appel des historiens&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;«Liberté pour l'Histoire !»&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt;Ce texte a été publié dans les pages Rebond de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Libération&lt;/span&gt; mardi 13 XII 2005.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="font-family: trebuchet ms; color: rgb(153, 0, 0);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 0, 0);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;°°°°°°°°°°°°°°°&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;PIERRE NORA ET LE METIER D'HISTORIEN&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« LA FRANCE EST MALADE DE SA MEMOIRE»&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;Propos recueillis par Jacques Buob et Alain Franchon, Le Monde-2, 18 février 2006. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;(Photographies non reproduites.)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Que faire quand la France est tiraillée entre des minorités  ethniques, religieuses, sexuelles  qui, toutes, cherchent à imposer leur « mémoire» à la majorité? Que faire quand ces mêmes minorités entendent sacraliser la perception qu'elles ont de leur passé et interdire, par la loi ou la pression sociale, qu'on puisse la contester?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'affaire des caricatures danoises de Mahomet et celle du débat sur la colonisation posent des questions voisines. Est-ce au législateur de trancher, de dire l'histoire? Il s'en est mêlé; loi Gayssot de 1990, qui érige en délit la contestation d'un crime contre l'humanité; loi Taubira de 2001, qui fait de la traite négrière (seulement celle pratiquée par les Européens...) un crime contre l'humanité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mais cette tendance, très française, vient de subir un revers avec l'annulation par le Conseil constitutionnel de l'alinéa de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur la nécessité d'enseigner «le rôle positif de la présence française outremer». C'est que les historiens se sont rebellés. Contre l'intimidation du politiquement correct et contre les prescriptions de l'Etat dans la lecture de l'histoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'un des plus éminents d'entre eux, Pierre Nora, a participé à cette bataille. Il est l'inventeur du concept des « lieux de mémoire »  ces lieux, physiques ou idéels, «où s'incarne la quintessence de la nation France», pour reprendre l'expression d'Henry Rousso.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aux questions soulevées par cette « France actuellement malade de sa mémoire», baignant dans une « atmosphère repentante et pénitentielle», Pierre Nora répond en réaffirmant la nécessité du libre exercice de son métier; historien.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Les questions de l'esclavage et de la colonisation, la notion de crime contre l'humanité appliquée à des événements du passé ont fait irruption dans le débat public. Notre propre histoire semble remise en question. La confusion règne entre une analyse « historique » de ces événements et une approche « mémorielle», plus épidermique, plus immédiate, plus politique. Chacun réclame la reconnaissance de sa douleur. Face à ce déferlement de sentiments contradictoires, touchant à la réalité de notre passé commun, l'historien est mis en question. Voire en accusation. Que faut-il en penser?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La tendance à appliquer généreusement la notion de crime contre l'humanité à des événements du passé, si révoltants qu'ils puissent être, est dangereuse et inquiétante aux yeux d'un historien. En effet, cette notion est au départ très précisément définie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle comporte deux aspects qui sont, par principe, étrangers à l'historien; une condamnation morale, qui suppose une humanité identique à elle-même et relevant des mêmes critères de jugement qu'aujourd'hui; un principe d'imprescriptibilité, qui suppose un temps identique à lui-même, alors que l'histoire est d'abord un apprentissage de la différence des temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On comprend l'application de cette notion à des assassinats de masse contemporains, visibles, tangibles. Mais avec la traite atlantique et l'esclavage européen que vise la loi Taubira de 2001, on est de deux à cinq siècles en arrière. Et quels auteurs de ces crimes poursuivra-t-on, sinon les historiens qui évoquent ces événements en des termes que n'autorise pas la loi?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a là une porte ouverte à la dérive qui ne s'explique que par une forme de laxisme politique et par l'atmosphère repentante et pénitentielle qui règne en ce moment sur notre société. Et vous avez raison: cette dérive&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;tend à mettre au premier rang d'un débat sur la liberté intellectuelle les historiens, parce que leur travail est, par définition, le contraire du jugement moral et de la distribution de bons points.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Que préconisez-vous pour sortir de cette situation?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que chacune des parties prenantes au passé reste à sa place. Je suis stupéfait des difficultés à faire comprendre les positions que nous avons prises, pourtant simples et claires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup font semblant de croire qu'il s'agirait de refuser aux politiques le droit de s'occuper du passé. Je n'ai pourtant jamais rencontré un historien pour croire que « l'histoire est le monopole des historiens », selon la nouvelle formule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est parfaitement normal que la représentation nationale, sous sa forme parlementaire ou présidentielle, formule des déclarations, vote des résolutions, institue des commémorations, organise des hommages, décide de compensations, construise des musées. C'est son rôle de cadrer et d'orienter la mémoire collective, et c'est même son devoir, surtout d'honorer les victimes. Aux politiques la gestion du symbolique, le respect du rituel  le seul problème étant qu'ils le fassent à bon escient, avec intelligence et générosité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais inscrire dans le marbre de la loi des jugements prescriptifs, des formulations qui figent le passé en histoire officielle; qui disent aux historiens ce qu'ils doivent rechercher, trouver, enseigner, pour flatter la sensibilité meurtrie d'une partie de la population, c'est une tout autre affaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des lois perçues comme purement symboliques par ceux qui les votent, mais au nom desquelles d'honnêtes historiens sont assignés en justice  pour avoir précisément travaille sur des questions que les auteurs de ces lois prescrivaient de travailler davantage... ' cela ne se voit que dans les pays totalitaires!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est pourquoi nous avons fondé l'association Liberté pour l'histoire (nom de la pétition lancée par un groupe d'historiens, dont Pierre Nora, le 12 décembre 2005J. Du seul fait d'exister, je crois qu'elle a cause gagnée. Les gens ont compris qu'il ne s'agissait pas d'une défense de boutique, mais d'une entreprise de salubrité publique. Mais quand même! Nous voilà somme toute passés, en quelques années, de la défense du droit à la mémoire à la défense du droit à l'histoire. Il y a de quoi s'inquiéter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Au-delà de ce type d'initiative, ne s'agit-il pas de redéfinir parleur différence deux notions qui se brouillent aujourd'hui dans l'esprit des gens: qu'est-ce qui relève de l'histoire et qu'est-ce qui relève de la mémoire? Pouvez-vous préciser où passe pour vous ta frontière?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En théorie, elle est très claire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mémoire est le souvenir d'une expérience vécue ou fantasmée. A ce titre, elle est portée par des groupes vivants, ouverte à toutes les transformations, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les manipulations, susceptible de longues latences et de brusques réveils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire est au contraire une construction toujours problématique et incomplète de ce qui n'est plus, mais qui a laissé des traces. Et à partir de ces traces, contrôlées, croisées, on tâche de reconstituer au plus près ce qui a dû se passer, et surtout d'intégrer ces faits dans un ensemble explicatif cohérent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait dire aussi que la mémoire relève du magique, de l'affectif, et qu'elle ne s'accommode que des informations qui la confortent. L'histoire est une opération purement intellectuelle, laïcisante, qui appelle analyse et discours critique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mémoire installe le souvenir dans le sacré, l'histoire l'en débusque toujours et, même si elle s'en sert, elle «prosaïse ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mémoire sourd d'un groupe dont elle contribue à souder la solidarité identitaire. Elle singularise et particularise. L'histoire est le résultat d'un travail soumis à des procédures contraignantes. Elle appartient à tous et à personne, elle ne s'attache qu'aux évolutions et aux rapports des choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, la mémoire est un absolu et l'histoire ne connaît que du relatif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Mais pourquoi aujourd'hui cette urgence à ressusciter la mémoire, les mémoires? Pour quelle raison les mémoires envahissent-elles ainsi le domaine public?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour vous répondre, on pourrait partir de la distinction que fait le philosophe allemand&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Walter Benjamin entre la mémoire transmise et la mémoire acquise  qu'il appelle vécue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mémoire transmise, c'est tout ce qui passe d'une génération à l'autre, y compris l'histoire et son enseignement. La mémoire acquise, c'est tout ce qui n'est arrivé qu'à vous, ou que vous ressentez comme tel. II est clair que dans le monde contemporain, il y a de moins en moins de mémoire transmise et de plus en plus de mémoire acquise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est dû à l'accélération de plus en plus rapide de l'histoire qui fait vivre tout le monde sous le signe permanent de la perte. C'est dû aux grands bouleversements historico-politiques, ici le passage brutal du monde communiste au monde libre, ailleurs le passage de l'ordre colonial aux péripéties des indépendances. Dans les sociétés industrielles et démocratiques, c'est plutôt dû aux transformations internes des conditions de la vie sociale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pensez seulement à ce qu'a représenté chez nous le choc majeur de la fin des paysans, cette collectivité-mémoire par excellence. La population engagée dans l'agriculture est tombée en 1975 au-dessous de 10 %, seuil toujours fatidique. Elle représentait encore 45% au lendemain de la guerre. Et c'était de vrais paysans, pas des agriculteurs. C'est justement à ce moment-là qu'on a commencé à parler de « mémoire paysanne». Rappelez-vous le succès qu'a eu Le Cheval d'orgueil de Pierre Jakez Hélias (1975).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Vous voulez dire que la mémoire est toujours l'effet d'un choc?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En un sens oui. C'est ce qui fait l'importance des chocs majeurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les guerres, les totalitarismes, les génocides, les crimes contre l'humanité sont l'image centrale et dominante de notre âge de mémoire. La Shoah est devenue comme la matrice mémorielle, la métaphore du siècle. C'est bien d'ailleurs Auschwitz qui a fait naître le «devoir de mémoire». Pour l'occident, c'est le traumatisme majeur. Et que ce génocide ait été celui précisément du « peuple de la mémoire » ne fait sans doute que redoubler l'intensité de ce lien entre la Shoah et l'avènement de la mémoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Et la France dons cette affaire? Pourquoi vit-elle si intensément cette crise mémorielle?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pratiquement tous les pays ont eu récemment des comptes à régler avec leur passé. Mais la France, en effet, est aujourd'hui malade de sa mémoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois que cela tient précisément à l'intensité traditionnelle des rapports qu'a entretenus la France avec l'histoire, avec son histoire. Ailleurs, c'est la langue, l'économie ou la culture populaire qui ont fait la nation. En France, c'est l'histoire. Il a fini par se constituer une vaste saga aux mille aspects divers, un roman national qui se déployait majestueusement de la Gaule à de Gaulle. Une légende, si vous voulez, mais qui a été, on peut dire depuis la Révolution, l'instrument principal de la formation civique et de la conscience collective.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'école a évidemment joué le rôle central. Vous pouviez être chez vous le descendant d'un aristocrate guillotine, d'un communard fusille, de Polonais émigrés, de juifs alsaciens réfugiés, de Bretons bretonnants, avec toutes les traditions familiales et mémorielles que cela supposait. Mais, à l'école, vous n'étiez plus qu'un petit Français récitant «Nos ancêtres les Gaulois...».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est ce modèle historico-mémoriel de la nation qui s'est rouillé. D'un côté, le mécanisme intégrateur joue de moins en moins bien, comme l'ascenseur social qui l'accompagnait. De l'autre, chaque minorité sociale en voie d'intégration  mais en perte de mémoire traditionnelle  vit la récupération, la « réappropriation» de son passé comme partie intégrante de son affirmation d'identité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Au fond, c'est l'émergence d'une revendication d'intégration de telle ou telle mémoire privée dons l'histoire collective...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Effectivement. Cela correspond à un puissant mouvement d'approfondissement historique, de décolonisation intérieure, d'émancipation des identités de groupes et de minorités sociales, religieuses, sexuelles, provinciales, ethniques  les ouvriers, les juifs, les femmes, les Corses, les Noirs, etc. La mémoire, c'est une histoire à laquelle on ne tient tant que parce qu'elle n'est plus tout à fait à soi. C'est un membre fantôme. Il s'agit de la faire inscrire au grand registre de l'histoire nationale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le cas des juifs serait ici exemplaire. On n'aurait guère parlé de « mémoire juive» il y a encore trente ou quarante ans. Même le souvenir de Vichy n'était pas principalement hé à la législation antisémite et à la responsabilité de l'Etat français dans la déportation et l'extermination.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est le contraire aujourd'hui, et la «communauté juive»  une appellation qu'on n'aurait pas non plus utilisée autrefois  n'a cessé de réclamer au chef de l'Etat la reconnaissance de cette responsabilité. Chose faite par Jacques Chirac le 16 juillet 1995 au Vél' d'Hiv'.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Jacques Chirac vient de faire la même chose pour les Noirs, en fixant un jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage: le 10 mai.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui et non. Pas exactement. Mais le rapprochement peut éclairer notre sujet: la&lt;br /&gt;remontée du refoulé national, le rapport des mémoires à la nation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La reconnaissance du 16 juillet 1995 et l'institution d'une journée commémorative avaient déjà paru discutables pour certains. Mais enfin, les rescapés étaient là. Mitterrand, qui avait été à Vichy à l'époque, vivait encore. L'affaire ne concernait pas seulement les juifs, mais tous les Français, à un moment précis et encore récent de leur histoire commune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'est pas tout à fait le cas de l'esclavage. On aurait pu trouver naturel d'en fixer en tout cas la commémoration au 27 avril, jour anniversaire de l'abolition en 1848, il y a déjà plus d'un siècle et demi. Non. Ce qu'il fallait arracher de l'Etat, c'était le 10 mai, anniversaire de la loi Taubira de 2001 qui fait de l'esclavage (du seul esclavage européen) et de la traite (la seule traite atlantique) un crime contre l'humanité. On voit bien la différence et le chemin parcouru.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;On a vu comment, désormais, chaque minorité exige, au nom de la « méritoire», de réintégrer l'histoire commune. Mois vous qui avez été le premier, avec vos &lt;lieux&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus ou moins car, en vérité, c'est le même mouvement, celui que j'avais saisi, qui se déploie et s'approfondit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il est bien certain qu'en vingt-cinq ans la «mémoire» a beaucoup changé. Elle est devenue un phénomène quasi religieux qui fait du témoin une manière de prêtre. Et les conflits mémoriels sont devenus des guerres de religion, des guerres saintes. La mémoire est par définition sacrée, mais le règne de la mémoire, c'est le sacre du sacré!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On est passé d'une mémoire modeste, qui ne demandait qu'à se faire admettre et reconnaître, à une mémoire prête à s'imposer par tous les moyens. J'avais autrefois évoqué une « tyrannie de lu mémoire»; il faudrait aujourd'hui parler de son terrorisme. Si bien qu'on est moins sensible à la souffrance qu'elle exprime qu'à la violence par laquelle elle veut se faire entendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'opère surtout, par rapport à l'histoire, un véritable renversement. Il y a une trentaine d'années, la mémoire était un peu l'histoire de ceux qui n'avaient pas eu droit à l'Histoire. Une exigence de justice, une forme de libération. L'appel à la justice est devenu, parfois, un appel au meurtre, et la libération une espèce d'enfermement. Mais surtout, l'idée s'est répandue que la mémoire détient sur l'histoire un privilège qu'elle tire de la morale, une forme de vérité supérieure à celle que l'histoire n'atteindra jamais. Quelle est la vérité vraie? A ce moment-là, on passe, je le crains, d'une mémoire si j'ose dire normale à une mémoire pathologique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Quelle doit être alors, selon vous, l'attitude de l'historien face à ce « déferlement de mémoire»?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résister. Camper ferme sur ses positions. Analyser le phénomène. Bien sûr, il faut élargir le questionnaire, ouvrir de nouveau chantiers de recherche. Bien sûr qu'il faut intégrer à son propre questionnement le questionnement mémoriel. Celui-ci est même devenu la dimension principale du travail de l'historien, au détriment, à mon avis, des autres approches classiques. Mais il faut, comme toujours en histoire, déplacer les données telles qu'elles nous sont imposées par l'air du temps. Autrement dit, il faut chercher à comprendre, pour le dépasser, le pourquoi de cet impératif mémoriel, mais ne rien lui céder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème était le même du temps où s'imposait la problématique du récit national  que les historiens des Annales, Marc Bloch et Lucien Febvre en tête, se sont appliqués à déjouer. A l'heure où s'impose aux historiens l'impératif mémoriel, il faut pareillement le contrer, le contourner, le dominer. Il est clair qu'une frontière s'établit entre ceux qui, dans ce domaine, restent obstinément des historiens de la mémoire, et ceux qui, nolens volens, se mettent purement et simplement au service de la mémoire même en faisant parfois du travail historique de qualité. Ils se font, en historiens, des militants de la mémoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la pratique comme dans la théorie, les choses ne sont pas toujours simples. Il n'empêche qu'au point où nous en sommes, c'est-à-dire menacés d'une réécriture complète de l'histoire du point de vue des victimes, il n'est peut-être pas inutile de réaffirmer des principes simples. Et d'y rester collés comme une moule au rocher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Justement, n'y aurait-il pas une autre « pathologie » de la mémoire qui consisterait ù juger le passé à l'aune des valeurs du jour?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Disons-le tout net: il n'est peut-être pas si facile de maintenir  ou plutôt de faire reconnaître  les impératifs les plus élémentaires du raisonnement historique à un moment où l'esprit de l'époque y est si contraire. Dans un monde où il n'y a que le «bien» et le «mal», l'historien n'est pas chez lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me demande d'ailleurs ce qui reste de l'histoire dite « des mentalités», qui régnait il y a une trentaine d'années, et qui consistait précisément à montrer les changements d'attitude vis-à-vis de la vie, de la mort, de la femme, de l'enfant, de la nature, de la croyance, etc. On aurait bien besoin d'en faire aujourd'hui pour l'histoire de la traite, de l'esclavage, de la colonisation, dont il est absurde d'écrire le film en noir et blanc. L'histoire n'est pas manichéenne, on a honte de le rappeler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Sans doute. Mais vous semblez faire peu de cas de crimes contre le plus élémentaire des droits de la personne humaine, de cette « marchandisation » des corps et des esprits, des voyages en fond de cale, des tortures, des fers et du traumatisme psychologique qui ne s'est pas éteint deux siècles et quelques générations plus tard...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Ce traumatisme se réveille, et nous devons pour commencer comprendre pourquoi, comment et souvent à quelles fins. L'empathie, on la doit à tous ceux qui ne sont plus; c'est la base du sentiment de l'histoire. Et il y a une morale d'historiens. Elle consiste à chercher obstinément la vérité; à être intellectuellement honnête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Croyez-vous que manque d'empathie un historien qui, sur des phénomènes vivants et saignants, n'arrête pas de compter? La mortalité infantile au xvi siècle, l'espérance de vie au xvii' siècle, les morts dans les camps nazis ou communistes, ceux dans les bateaux négriers... Et puis, faire de l'histoire ne consiste pas à la revivre, mais à l'expliquer. A établir des faits, mais surtout pour dégager les problèmes qu'ils posent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut d'ailleurs aller franchement plus loin. Si l'on enseigne un événement seulement parce qu'il est un crime contre l'humanité, on amorce une spirale dangereuse. D'abord parce que si l'on fait de l'enseignement de l'histoire une litanie de crimes contre l'humanité, je ne vois pas les raisons que nos enfants auraient de s'y intéresser, et les professeurs de l'enseigner. Et je vous dirais qu'il ne faut pas leur apprendre la traite, l'esclavage, la colonisation parce que c'est «mal» ou «bien», mais parce que c'est un grand morceau de la formation du monde moderne, le nôtre, le leur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;La concurrence mémorielle dans notre société affaiblirait-elle le lien social?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vrai problème est moins celui de la concurrence ou de la solidarité des victimes que celui de l'incompatibilité conflictuelle des mémoires. Et devant ce problème, grave et difficile, je ne vois pas d'autre réponse possible qu'une autorité de conciliation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle peut prendre deux formes, bien entendu non coercitives, mais qui supposent chacune une « ressaisie» des historiens sur eux-mêmes, et des politiques sur eux-mêmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La parole politique est indispensable, à condition qu'elle soit courageuse et sans démagogie. Elle est indispensable aussi et surtout au niveau supérieur de l'Etat, en espérant qu'elle soit forte et généreuse, ferme et sans complaisance. La conciliation par l'histoire est plus longue. Mais, en définitive, c'est elle qui s'impose, car la mémoire divise et l'histoire seule réunit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les historiens sont les mieux placés, entre la pression sociale et l'expertise savante, pour dire à tous  et pour tous  ce que le passé autorise et ce qu'il ne permet pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold;"&gt;« Contre les vérités officielles»&lt;br /&gt;René Rémond&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;L'Histoire&lt;/span&gt; (n°306, février 2006)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-style: italic;"&gt;Autorité intellectuelle et morale incontestée, membre de l'Académie française, René Rémond a accepté de présider l'association "Liberté pour l'histoire". Il explique pourquoi ce combat est politique: il y va de la liberté de débattre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Pourquoi me suis-je associé à l'initiative de 18 de mes collègues historiens ? Je ne suis ordinairement pas prodigue de ma signature, mais la cohérence intellectuelle de la position adoptée a emporté ma conviction. Je n'aurais pas signé un texte qui aurait limité son objet à l'abrogation de l'un ou l'autre des textes de loi contestés c'eût été faire un choix proprement politique. Réclamer l'abrogation de l'ensemble, c'était au contraire obéir à des considérations plus essentielles.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Le texte demande la liberté pour l'histoire pas pour les historiens. L'histoire ne leur appartient pas plus qu'aux politiques. Elle est le bien de tous.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;C'est précisément pour préserver le droit de tout citoyen d'accéder à la vérité historique que nous nous élevons contre la proclamation de vérités officielles. Qu'ils soient chercheurs ou enseignants, ou les deux, les historiens exercent par délégation de la société une fonction qui leur crée plus de responsabilités que de droits. Aussi les motivations des signataires ne sont-elles pas corporatives. S'ils ont cru devoir rappeler que ce n'est pas aux politiques d'établir la vérité en histoire, c'est par référence à un impératif scientifique, à une règle juridique, à une exigence civique.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;L'actualité a suffisamment démontré les effets pervers du recours à la loi pour définir l'histoire: elle entrave la recherche de la vérité et fait obstacle à sa diffusion. Outre que rien ne prépare les élus à trancher des points délicats et complexes, la loi met entre les mains de groupes dont le souci de distinguer le vrai du faux n'est pas nécessairement la préoccupation première un pouvoir redoutable.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;La crainte de poursuites judiciaires conduira immanquablement à déserter les sujets à risques et à se censurer. Des pages entières de l'histoire resteront donc blanches, ou plutôt le vide sera comblé par des vérités d'État.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Quand les élus interviennent dans la définition des programmes d'enseignement, allant jusqu'à imposer la qualification positive ou négative au regard du droit ou de la morale de tel phénomène historique, ce sont les historiens qui dénoncent la transgression de la frontière que la Constitution a judicieusement tracée entre le domaine de la loi et celui do pouvoir réglementaire, et qui invitent au respect de la séparation des pouvoirs.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Contrevenant au principe qui veut que la loi soit aussi universelle que possible, la prolifération incontrôlée de lois adoptées pour des catégories particulières sous la pression entraîne la fragmentation de la législation.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;La compétition entre catégories qui aspirent toutes à faire reconnaître les torts qu'elles ont pu subir par le passé et à en obtenir réparation entraîne la segmentation du corps social et porte en germe son démembrement. C'est aussi le fractionnement, pour ne pas dire le dépècement de la mémoire collective.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Ainsi, en signant ce texte, j'ai eu le sentiment d'agir, autant qu'en intellectuel pour qui les droits de la vérité sont imprescriptibles, en démocrate qui ne souffre pas qu'il y ait des vérités confisquées et qui plaide le droit pour chacun d'accéder à la connaissance de la complexité de l'histoire, et en citoyen attaché au fonctionnement régulier des pouvoirs publics et soucieux de préserver l'unité nationale, bien trop précieux pour être sacrifié à des revendications particulières.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;René Rémond &lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Président de la Fondation nationale des sciences politiques&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;–––––––––––––––––––––––––––––––—————————————————————————————&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 0, 0); font-weight: bold;"&gt;Avant de balayer la loi Gayssot.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Annette Wieviorka &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Directrice de recherches au CNRS&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;L'Histoire&lt;/span&gt; (n°306, février 2006)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Avant de demander l'abrogation de la loi Gayssot, il faut en faire le bilan, demande Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Comment ne pas saluer la création de l'association Liberté pour l'histoire? Comment ne pas se réjouir que tous ceux et celles dont le métier est l'histoire, enseignants, chercheurs, s'insurgent contre l'article 4, inepte et insultant, de la loi de février 2005?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Pourtant, certains, dont je suis, ont ressenti un malaise à voir qualifier de 'mémorielles «, donc tyranniques et liberticides, quatre lois dont Françoise Chandernagor explique bien ce qu'elles ont de différent. Parmi elles, la loi Gayssot dont la pétition réclamait sans nuance le retrait.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Pour l'heure, et en se restreignant à la loi Gayssot, le texte de l'appel m'inspire deux remarques.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;La loi Gayssot est une « vraie » loi, largement discutée au Parlement et qui ne contrevient pas au droit européen ou international. Elle a été et reste appliquée. Elle avait notamment pour objectif de mettre en lumière l'essence de la négation des chambres à gaz et la réhabilitation par une certaine extrême droite d'un nazisme dont les victimes sont encore parmi nous.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Le danger potentiel qu'elle recèle, mis en évidence par Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet, celui de laisser à la loi le soin de dire l'histoire, n'a, dans la pratique, pas été vérifié, &lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;sauf à considérer que Faurisson et Garaudy sont des historiens. Avant de la balayer dans l'enthousiasme, il faudrait en faire un réel bilan. Dire qu'elle n'a pas été efficace du fait d'internet ne l'invalide pas. Il suffit de se promener sur la Toile pour voir que d'autres lois, celles réprimant la diffamation, l'insulte raciale, sans parier de toutes les questions de propriété intellectuelle, sont mises en échec. Certes, Françoise Chandernagor a aussi raison de dire que les négationnistes peuvent être condamnés hors loi Gayssot, et ils l'ont été, Bardèche et Rassinier les premiers.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;Ce qui amène une seconde remarque. Si aucun historien n'a été condamné du fait de la loi Gayssot, des historiens peuvent eux aussi être tramés en justice et condamnés, hors lois dites « mémorielles «. Tel a été le cas de Bernard Lewis, justement rappelé par Françoise Chandernagor, condamné symboliquement en vertu de l'article 1382 du Code civil, article sur lequel s'appuie aussi en partie l'assignation en justice de notre collègue Olivier Pétré-Grenouilleau. Faut-il alors considérer que cet article fait désormais partie des lois mémorielles»?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 0, 0);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;—————————————————————————————————————————————&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;«LAISSONS LES HISTORIENS FAIRE LEUR METIER !»&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Françoise Chandernagor&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt; &lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Entretien de &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;L'Histoire&lt;/span&gt; (n°306, février 2006) avec Françoise Chandernagor. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;L'HISTOIRE Un appel « Liberté pour l'histoire » a été lancé par 19 historiens, le 12 décembre dernier. Vous l'avez signé. Pourquoi?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;FRANÇOISE CHANDERNAGOR : Depuis la loi du 23 février 2005, ou, plus exactement, depuis le vote de l'article 4 de cette loi, qui enjoint aux chercheurs d'accorder « à l'histoire de la présence française outremer la place qu'elle mérite » et aux enseignants d'évoquer dans leur cours « le rôle positif de la présence française outremer », la protestation des historiens et des professeurs d'histoire n'a cessé de s'amplifier.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Rappelons que ce texte avait été voté par le Parlement à l'unanimité et qu'il a fallu que quelques historiens spécialistes reconnus de la colonisation et de l'immigration, emmenés par Claude Liauzu et Gérard Noiriel, lancent dans Le Monde un cri d'alarme pour que l'opinion prenne conscience de la mise en place subreptice d'une « histoire officielle».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Parallèlement, il y avait eu, sur le fondement d'une autre loi, la loi Taubira du 21 mai 2001, l'assignation en justice d'un historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste respecté de l'esclavage et de la traite négrière. Ce qui semble avoir déplu dans son livre sur Les Traites négrières, c'est qu'il fait une histoire globale de la déportation des peuples africains, non pas seulement par les Occidentaux, mais aussi par des marchands arabes esclavagistes, et qu'il parle du commerce des esclaves à l'intérieur même de l'Afrique subsaharienne, commerce dont des Africains étaient les victimes et d'autres Africains les acteurs.(1)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Cet historien a été traîné en justice par un « collectif antillais-guyanais-réunionais» à la suite d'une interview où il résumait son ouvrage, le jour même où il recevait pour son livre le prix du Livre d'histoire du Sénat. Ses accusateurs lui reprochent en particulier d'avoir avancé que la traite négrière est un phénomène étendu sur treize siècles et plusieurs continents, ce qui, selon eux, revient à « éluder le caractère particulier de la traite transatlantique en impliquant &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;une couverture temporelle et géographique plus vaste que celle retenue par la loi » (loi Taubira).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Que l'on puisse ainsi, au nom de la mémoire et d'une loi qui sacralise cette mémoire, déférer devant les tribunaux un chercheur qui a consacré près de vingt ans de sa vie à l'étude de son sujet, tout cela parce que les conclusions auxquelles il parvient ne plaisent pas à telle on telle fraction de la population, c'est une atteinte fondamentale à la liberté de l'historien.(2)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;C'est aussi une atteinte à la liberté d'expression, telle qu'elle a été définie par la Cour européenne des droits de l'homme : « La liberté d'expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction de la population. » En somme, la liberté d'expression, c'est d'abord, comme le disait déjà Voltaire, celle des gens avec lesquels nous ne sommes pas d'accord Sauf, évidemment, quand ces gens tombent indépendamment de toute définition de la « vérité historique »  sous le coup de nos lois pénales ordinaires qui punissent la diffamation, l'injure raciste ou sexiste, l'incitation à la discrimination ethnique ou religieuse, etc.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. : Cet appel du 12 décembre est donc le résultat d'une prise de conscience. Qui en a pris &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;l'initiative?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. : L'idée est née au cours d'une réunion du «Forum d'historiens de Sciences-Po », à Paris, au début du mois de décembre. Il a paru important de poser, dans une pétition, le problème non seulement de la toi de 2005, mais de toutes les lois « mémorielles» qui l'avaient précédée et de demander, une fois pour toutes, au Parlement de renoncer à dire l'histoire. Ce n'est pas à la loi, c'est-à-dire aux tribunaux, de définir et de fixer la «vérité historique», mouvante par nature.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Le même jour est née l'idée, complémentaire, d'une association qui pourrait se porter au secours des historiens sérieux qui se trouveraient attaqués en justice, seuls et désarmés face à des «collectifs » divers et variés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Aujourd'hui, cette association, présidée par René Rémond, existe. Quant à la pétition, il a paru nécessaire de la rendre publique sans délai, parce qu'il y avait en même temps un projet de loi socialiste proposant d'abroger l'article 4 de la loi de 2005 sur les rapatriés et qu'une mission parlementaire de réflexion sur le rôle du législateur dans ces matières venait d'être confiée au président de l'Assemblée nationale.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;L'H. L'occasion était bonne...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. : L'occasion était très bonne: le président de la République lui-même n'avait-il pas reconnu, le 9 décembre, qu'il ne pouvait y avoir d'«histoire officielle » dans une démocratie? Des historiens ont souhaité le prendre au mot en soulignant qu'en effet, sauf dans les pays totalitaires, l'État, c'est-à-dire la majorité politique du moment, ne peut prétendre, même avec les meilleures intentions, imposer sa vérité historique aux chercheurs et aux enseignants en les menaçant de sanctions pénales ou civiles.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. Certains ont reproché au texte d'avoir procédé à un amalgame en demandant l'abrogation de lois portant sur des faits qui ne sont pas homogènes...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. : Je tiens tout d'abord à préciser que nous n'avons pas demandé l'abrogation de lois entières, mais seulement des articles qui posent problème. Ainsi, dans la loi sur les rapatriés, seul l'article 4 cf. p. 80) est mis en cause. Il est évident par ailleurs que le gouvernement et le Parlement ont parfaitement compétence pour fixer des indemnités, décréter des commémorations, construire des musées, édifier un mémorial, etc. Ils peuvent aussi décider, comme ils l'envisagent d'ailleurs, de consacrer un jour férié à l'abolition de l'esclavage.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;De même, quand la loi Gayssot de 1990 donne des pouvoirs supplémentaires aux associations pour lutter contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, le législateur est dans son rôle et le citoyen ne peut qu'approuver de telles mesures.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;En revanche, il y a, dans au moins quatre lois, des articles potentiellement dangereux, suspendus comme des épées de Damoclès au-dessus des historiens. Des articles dont certains ont été votés «distraitement» ou rapidement. Or tous ces articles marquent la volonté du Parlement d'intervenir dans la recherche historique. Nous n'avons pas souhaité les distinguer les uns des autres en fonction des intentions du législateur, ni même en fonction du caractère plus ou moins satisfaisant historiquement des vérités qu'ils édictent. Nous en avons fait une question de principe: ce n'est pas à des majorités politiques d'imposer et de fixer la vérité historique pas plus que ce ne serait à de telles majorités, nécessairement changeantes, de fixer, sous peine d'amendes ou d'emprisonnement, la vérité scientifique. C'est cette position de principe qui rend notre demande cohérente.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;L'H. Gérard Noiriel, le 20 décembre, répond aux signataires de l'appel qu'il « refuse de mettre sur le même plan une loi qui fait l'apologie de la colonisation avec celles qui condamnent le racisme, l'esclavage, les persécutions de masse(3)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. : Rappelons d'abord que nous n'avons pas eu besoin de ces lois «mémorielles» pour condamner le racisme, l'esclavage ou le génocide: tout cela était clairement et lourdement puni par des conventions internationales intégrées à notre droit interne et reprises par les articles 2111 et 2121 de notre Code pénal.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;L'objectif des lois mémorielles n'est donc pas de punir ces crimes. Il est seulement d'appliquer rétroactivement des définitions, et parfois des sanctions, au passé  à un passé d'ailleurs de plus en plus lointain: un siècle pour la loi sur le génocide arménien, cinq siècles pour la loi sur l'esclavage.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Première question: peut-on appliquer à un lointain passé des notions juridiques et morales contemporaines (je rappelle que, en droit, la notion juridique de «crime contre l'humanité » date de 1945 et celle de « génocide », de 1948) ? En procédant ainsi, on commet la faute suprême en histoire : l'anachronisme.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Mais, seconde question, plus juridique cette fois : puisque tous les auteurs de ces crimes sont morts depuis longtemps et qu'on ne les sortira pas de leurs tombeaux pour les pendre, qui pourra-t-on condamner si l'on veut appliquer la loi? Les historiens qui parlent de ces périodes troubles et de ces hommes-là! Si demain, à la demande d'un élu du Sud-Ouest, une loi déclare « crime contre l'humanité » la triste croisade contre les albigeois (XIIIe siècle), verra-t-on condamnés les biographes de Blanche de Castille ou de Simon de Montfort?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. : L'appel range aussi la loi Taubira parmi celles qui attentent à la liberté de l'historien. Pourquoi?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. L'assignation en justice d'Olivier Pétré-Grenouilleau montre assez quel usage certains prétendent faire de cette loi Bien entendu, « il ne suffit pas d'abroger des articles de lois pour mettre finaux dérives mémorielles » sur ce point, Gérard Noiriel a raison. Mais, ayant exercé longtemps le métier de juge, je le trouve beaucoup trop confiant lorsqu'il assure que « si nous respectons les principes qui définissent notre fonction d'enseignant-chercheur, nous ne risquons pas d'être condamnés par un tribunal» D'abord, le système judiciaire est ainsi fait que tel historien qui serait jugé innocent à Arras peut être condamné à Rodez! Les juges sont d'ailleurs excusables car une loi mal rédigée se prête à toutes les interprétations. Or ces lois  à l'exception de la lui Gayssot  sont très mal rédigées: vagues, imprécises, incomplètes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Je signale, du reste, qu'aucune d'entre elles n'a été examinée au préalable par le Conseil d'État dont c'est le rôle de lire les projets de loi pour les améliorer techniquement. Ces lois mémorielles sont toujours issues de propositions émanant directement de députés auxquels, parfois, des groupes de leur circonscription les ont « soufflées». Il peut s'agir aussi de simples amendements de séance lancés dans le feu de la discussion, ou votés à l'heure où il ne reste presque plus personne dans l'hémicycle. Ce n'est pas ainsi qu'on fait de bonnes lois, respectables, durables et justes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Pour revenir à la loi Taubira, je tiens à préciser qu'étant moi-même descendante d'esclaves, comme je l'avais expliqué naguère à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'Histoire&lt;/span&gt; (4), je comprends très bien qu'on veuille, sur le plan international, faire ranger l'esclavage dans la catégorie des o crimes contre l'humanité » il était d'ailleurs déjà condamné par des conventions internationales de 1926 et 1956 et déjà inscrit comme « crime contre l'humanité » dans notre Code pénal. Mais, bien sûr, cette définition, comme celle du génocide, s'applique aux crimes actuels ou futurs. On le sait, certains pays pratiquent encore aujourd'hui l'esclavage et le commerce d'esclaves ; c'est d'abord contre ces crimes contemporains que nous, descendants d'esclaves, devrions nous mobiliser: nous ne pouvons plus rien pour nos morts, nous pouvons beaucoup pour les vivants.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Mais la loi de mai 2001, elle, ne traite que du passé  avec tous les risques d'anachronismes que j'ai déjà signalés. Avec surtout une définition historique très partielle et partiale de ce crime contre l'humanité seule est condamnée « la traite négrière transatlantique », c'est-à-dire la traite occidentale, et « à partir du XVè siècle». Or, nous savons que l'Afrique a été soumise à une traite intense bien avant le Xv0 siècle, que cette traite passait par le Sahara et aboutissait en Égypte et au Moyen-Orient, et qu'elle a duré bien après que l'esclavage eut été aboli par les pays occidentaux, lesquels sont pourtant les seuls visés par la loi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. Donc, ce que les signataires de l'appel souhaiteraient, ce n'est pas l'abrogation intégrale de cette loi, mais une nouvelle formulation?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. Les signataires aimeraient surtout, je crois, que le Parlement ne se mêle plus de dire la vérité en histoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Plus jamais Mais en ce qui concerne les lois déjà votées, peut-être en effet pourrait-on reformuler certains articles. Dans l'article 1 de la loi de 2001 sur la traite, il suffirait de reprendre le titre même de la loi qui parle de «la traite négrière » en général. Qui pourrait s'y opposer?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;LH. Certains incriminent aussi son article 2 qui porte sur « les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines ».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. Oui. Au moment du débat parlementaire sur cette loi, Elisabeth Guigou, alors ministre de la Justice, avait prévenu l'Assemblée que cet article ne relevait pas de la compétence du Parlement. Le Sénat a supprimé l'article. Mais, en seconde lecture, l'Assemblée nationale l'a rétabli dans l'enthousiasme...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Cet article 2 de la loi Taubira prévoit, notamment, que les programmes scolaires doivent faire « une place conséquente » (sic) à l'histoire de l'esclavage. Au cours de la discussion qui a précédé le vote, certains députés étaient même allés plus loin en proposant d'indiquer le nombre de chapitres que chaque manuel scolaire devrait consacrer au sujet, et le contenu dc ces chapitres : il était notamment question d'imposer à tous les enfants l'étude du Code noir, recueil d'édits de police sur l'esclavage composé par Colbert. Par chance, on en est resté à une injonction plus vague. Mais cette injonction est du même type que celle de l'article 4, justement décrié, de la loi de 2005 sur les rapatriés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Alors je pose la question qu'arrivera-t-il si les parents d'un collégien estiment que le professeur d'histoire n'a pas consacré à l'esclavage dans ses cours une place assez « conséquente » ? Et qu'est-ce qu'une place «conséquente », compte tenu de l 'ampleur des programmes? Un quart d'heure? Deux heures? A moins qu'on n'abroge ou déclasse cet article, c'est un tribunal qui tranchera... Car, encore une fois, nous n'avons pas affaire à des recommandations d'inspecteurs généraux de l'Éducation nationale, nous avons affaire à une loi, et qui dit « loi » dit tôt ou tard « tribunal ».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Nul doute que si, après le vote, cette loi avait été déférée au Conseil constitutionnel, comme la Constitution le prévoit quand le Parlement sort de sa compétence, le Conseil aurait déclassé cet article. Il en aurait été de même, bien sûr, pour l'article 4 de la loi de 2005 qui n'est pas de la compétence constitutionnelle du Parlement. Mais ni le gouvernement ni les partis politiques n'ont saisi les Neuf Sages. De sorte que ces lois sont directement invoquées devant des tribunaux sans jamais avoir été améliorées par les organes créés pour cela: le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. N'y a-t-il pas sur ce point un excès d'interventionnisme de la part des associations? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;F. C. Depuis vingt-cinq ans, des associations ont acquis, dans divers domaines, le droit d'engager l'action pénale à la place de la puissance publique : on leur a permis de se présenter directement comme «victimes » et de se porter parties civiles. Dans tout ce qui touche aux périodes douloureuses du passé, ces associations sont nombreuses et actives. Or les infractions dont elles peuvent aujourd'hui réclamer lc châtiment sur la base de lois mémorielles sont vastes et vagues.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Cette imprécision s'aggrave même de loi en loi. Par exemple, la loi Gayssot en 1990 avait permis aux associations d'attaquer en justice pour défendre « l'honneur de la Résistance et des déportés ». C'était relativement précis car « les déportés » constituaient une catégorie juridiquement définie de la population et une catégorie qui disparaîtrait naturellement avec le temps. Il en va tout autrement de la loi Taubira, qui confie aux associations le pouvoir de défendre non seulement « la mémoire des esclaves » mais « l'honneur des descendants d'esclaves ». Descendant d'esclaves: c'est une catégorie qu'aucune autre loi, aucun règlement, n'a définie ; on voit actuellement des Français, fils d'immigrés africains, se dire « descendants d'esclaves », alors que leurs ancêtres n'ont pas pu, à l'évidence, être victimes de la « traite négrière transatlantique&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Ne parlons pas du fait que certains «descendants d'esclaves» peuvent descendre aussi d'esclavagistes : sans même parler des viols, les liaisons nombreuses entre les colons et leurs esclaves ont provoqué métissage et croisement des sangs. Je songe, par exemple, au général Dumas, père de l'écrivain Alexandre Dumas : le général était le fils d'une esclave et du maître dc cette esclave, le marquis Davy de la Pailleterie, qui a fini par l'affranchir. Alexandre Dumas est donc à la fois descendant d'esclave.., et descendant d'esclavagiste&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Mais le problème le plus délicat dans cette notion de «descendants d'esclaves » retenue par l'article 5 de la loi de mai 2001, c'est que cette catégorie juridique, mal définie, n'est pas vouée à disparaître avec les siècles. La France ayant aboli l'esclavage en 1848, les descendants d'esclaves actuels sont, au minimum, des descendants de la cinquième ou de la sixième génération C'est un peu loin à mon avis pour conférer des droits particuliers aujourd'hui.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;L.'H. Le problème est un peu différent avec la loi de janvier 2001 sur le génocide arménien: on ne remonte que jusqu'en 1915. Il peut rester une mémoire vivante... &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;F. C. : En vérité, la difficulté avec cette loi est moins celle du fond que celle de la forme: est-ce bien une loi ? Je pense que les juristes n'en ont pas vu beaucoup de cette espèce&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Elle tient en une demi-ligne : « La France reconnaît le génocide arménien de 1915. » Point. On ne dit pas qui est le criminel, on ne désigne pas le lieu du crime.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Les députés qui ont voté ce curieux texte —voté à l'unanimité comme pour toutes ces lois "mémorielles" — expliquent aujourd'hui qu'ils voulaient faire un geste, donner un signe. Oui, mais une loi, ce n'est pas un geste, ce n'est pas une motion de sympathie: c'est une machine juridique et judiciaire. En fait, ce que voudraient les parlementaires, c'est pouvoir voter des « résolutions » comme sous la IV' République  faire, en somme, des « déclarations » comme peuvent en faire les ministres ou le président de la République. Mais la Constitution de 1958 le leur interdit. Alors, ils font des lois là où, en effet, un voeu, un discours, un acte symbolique auraient suffi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Ce qu'attendent ceux qui ont souffert, c'est un peu de compassion, une «parole »... Seulement, la loi n'est pas la parole. Avec la loi, on entre aussitôt dans la ronde des procès et des arguties juridiques menaces de procès contre des éditeurs, mises en demeure, ou procès effectifs contre des historiens.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;L'H. Par exemple?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F C. De la loi, si courte, sur le génocide arménien, les associations de Français d'origine arménienne n'ont pu obtenir le pouvoir, qu'ont les associations fondées sur la loi Taubira ou sur la loi Gayssot, d'aller devant le juge pénal pour défendre la mémoire et l'honneur de leurs adhérents ou de leurs ancêtres. Alors, certains vont devant le juge civil en demandant, contre l'historien ou l'éditeur, non pas une amende ou de la prison, mais des dommages-intérêts. Ils s'appuient sur l'article 1382 du Code civil: « Tout fait quelconque de l'homme qui cause à autrui un dommage oblige celui parla faute duquel il est arrivé à le réparer. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Cet article est fait, à l'origine, pour le cas de l'arbre qui est tombé dans le jardin d'un voisin ou du chien qui a mordu la dame d'en face... Maintenant, des associations «mémorielles » essaient de contrôler la vie intellectuelle par le biais de cet article elles invoquent un dommage affectif causé par un article nu un ouvrage historique qui, d'après elles, ne donnent pas à leur malheur (« génocide » ou autre « crime contre l'humanité ») toute la place et tous les mots qu'il faudrait.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Si un guide de voyage sur la Turquie ne consacre que quelques lignes au génocide arménien, ce n'est pas assez: souffrance, dommage, demande d'indemnités. Si un historien parle de 800000 morts en Arménie, ce n'est pas assez : souffrance, dommage, demande d'indemnités... Tenez, en avril 1995, L'Histoire avait consacré un dossier au « massacre des Arméniens» : aujourd'hui, votre magazine pourrait être attaqué en justice pour avoir employé le mot «massacre », qui constitue, soutiennent certains, une « négation du génocide».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;L'H. : Venons-en maintenant à la première de ces lois « mémorielles la loi Gayssot. Certains historiens disent qu'ils seraient prêts aujourd'hui à signer I' « appel des 19 » s'il ne mentionnait pas aussi cette loi-là. Que reprochent donc les signataires de la pétition à la loi Gayssot?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. Surtout, je crois, d'avoir été la première D'avoir ouvert une brèche dans laquelle tout le monde veut s'engouffrer. Pour l'essentiel, la loi Gayssot, dans la mesure où elle permet de lutter plus efficacement contre l'antisémitisme, est excellente. Mais il y a son article 9, celui qui, contrairement à nos traditions républicaines, « sanctuarise » un morceau d'histoire les jugements de Nuremberg et leurs suites. Pour la première fois, l'autorité de la chose jugée, qui est incontestable en droit, devenait aussi une vérité historique, protégée par des sanctions pénales spécifiques.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Entendons-nous bien: je n'ai personnellement aucun doute sur la qualité du travail effectué par le tribunal de Nuremberg en 1945-1946 et sur ses conclusions. Il y aurait plutôt des crimes à y ajouter (notamment le massacre des Tsiganes) qu'à en retrancher. Mais tous les jugements, quelles que soient leurs qualités, sont des moments de l'histoire : en tant que tels, ils doivent pouvoir être, eux aussi, objets d'histoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;En 1990, à l'époque où l'on discutait de la proposition de loi de M. Gayssot, plusieurs historiens avaient tenté d'alerter l'opinion sur « les implications redoutables » qui résulteraient d'une intervention de la loi dans l'histoire. Pierre Vidal-Naquet, signataire de notre pétition et auteur des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Assassins de la mémoire&lt;/span&gt; (5), qui fut à l'avant-garde du combat antinégationniste, condamnait la loi Gayssot : si l'histoire a quelque chose à nous enseigner, disait-il, « c'est qu'aucune vérité historique ne peut reposer suri 'appareil d 'Etat ou être considérée comme la vérité. La vérité n 'a aucun besoin de la police et des tribunaux, elle a besoin des historiens ». Madeleine Rebérioux, historienne et présidente honoraire de la Ligue des droits de l'homme, écrivait, elle, dans L'Histoire : « La loi impose des interdits, elle édicte des prescriptions, elle peut définir des libertés, elle ne saurait dire le vrai. Le concept même de vérité historique récuse l'autorité étatique. L'expérience de l'Union soviétique devrait suffire en ce domaine ». Ces réflexions paraissent encore plus justes aujourd'hui.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. Mais la loi Gayssot a tout de même permis de lutter contre le négationnisme?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. Pas totalement. Parce que, peu de temps après, est apparu Internet : là, le négationnisme s'exprime à tout va, sans qu'on puisse l'en empêcher. L'antisémitisme, aussi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Pour ce qui est, en revanche, du négationnisme « sur papier » publications, interviews , notre arsenal répressif sur les incitations à la haine raciale, les diffamations, les injures publiques, etc., avait déjà permis, avant la loi Gayssot, de condamner ou de débouter par deux fois M. Faurisson, chantre du négationnisme. en juin 1981 et en février 1990.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153); font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;LH. Peut-on résister à la tyrannie de la mémoire?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;F. C. : Je ne sais pas. La pression est forte. Parce que la mémoire, c'est de l'émotion. Et que notre époque, via Internet et la télévision, fait primer l'émotion sur la raison. Et je ne suis pas sûre que les lois « mémorielles » mettent du baume sur les plaies. Parfois, elles y versent du vinaigre en réveillant des souffrances endormies. Un exemple les catholiques et les protestants vivent aujourd'hui en France en bonne intelligence ; croyez-vous qu'une loi sur la Saint-Barthélemy améliorerait les choses ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;En tout cas, l'histoire n'est pas la mémoire. La mémoire est toujours partielle, biaisée, c'est pourquoi les mémoires sont conflictuelles. Regardez la guerre d'Algérie, qui n'est pas encore si loin: il y a la mémoire des rapatriés, la mémoire du FLN, la mémoire des harkis, la mémoire des appelés du contingent, et même la mémoire des métropolitains L'historien, pour faire son travail, doit confronter ces mémoires entre elles, puis les confronter toutes aux documents, aux traces, aux faits... Et sans cesse, quand il découvre de nouvelles sources, il doit remettre sur le métier son travail si fragile, sa vérité si provisoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;Je voudrais rappeler ce qu'écrivait, dès 1995, Madeleine Rebérioux, au lendemain de la condamnation par un tribunal parisien de Bernard Lewis, professeur à Princeton, un des plus grands spécialistes de l'islam : « Si nous laissons les choses aller leur train, c'est dans l'enceinte des tribunaux que risquent désormais d'être tranchées des discussions qui ne concernent pas seulement les problèmes brûlants d'aujourd'hui, mais ceux, beaucoup plus anciens, ravivés parles mémoires et les larmes. Il est temps que les historiens disent ce qu'ils pensent des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. » Peut-être, par-delà la mort, les historiens signataires ont-ils voulu répondre à son appel?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style="color: rgb(51, 51, 153);"&gt;(Propos recueillis par L'Histoire.)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;NOTES&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1. O. Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières. Essai d'histoire globale, Gallimard, 2004, Cf. aussi : L'Eglise, le marchand et l'esclave» et « La traite oubliée des esclaves musulmans» L'Histoire n' 280 (spécial La vérité sûr l'esclavage).&lt;br /&gt;2. Cf. plus largement sur le sujet la thèse de doctorat dc Carole Vivant, « l'historien saisi par le droit. Contribution à l'étude des droits de l'histoire», université Montpellier-I. décembre 2005.&lt;br /&gt;3. Le manifeste et la pétition du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) sont en ligne sur le site http://cvuh.free.fr&lt;br /&gt;4. Cf. « Françoise Chandernagor: "Mon ancêtre esclave" &gt;&lt;, L'Histoire n' 280 (spécial s La vérité sur l'esclavage s), p. 63.&lt;br /&gt;5. P Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 1987.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;————————————————————————————————————————————————&lt;br /&gt;Les articles des lois incriminées&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;br /&gt;—————————————————————————————————————————————&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Les articles de lois incriminés&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Loi « Gayssot »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loi n°90-615 du 13 juillet 1990&lt;br /&gt;tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Art. 9 insérant un article 24 bis dans la loi de 1881 sur la presse&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de l'article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l'article 23, l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité tels qu'ils sont définis par l'article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d'une organisation déclarée criminelle en application de l'article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Loi sur les Arméniens&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loi n°200170 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Article unique&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Loi « Taubira »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loi n'2001434 du 21 mai 2001&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;tendant à la reconnaissance, par la France, de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Article Ier&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du e siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Article 2&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l'esclavage sera encouragée et favorisée.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Article 5&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«A l'article 48-1 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, après les mots : "par ses statuts, de", sont insérés les mots: "défendre la mémoire des esclaves et l'honneur de leurs descendants".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Loi « Mekachera »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Article 4&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite.&lt;br /&gt;«Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.&lt;br /&gt;La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l'étranger est encouragée.»&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;br /&gt; ====================================================================&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;UN AN DE PASSES D ARMES&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;  &lt;br /&gt; &lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 23 février 2005 &lt;/span&gt;: Promulgation de la loi sur les rapatriés. L'alinéa polémique, contenu dans l'article 4, demande entre autres aux programmes scolaires de reconnaître « le rôle positif de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord ».&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 25 mars 2005&lt;/span&gt; « Colonisation: non à l'enseignement d'une histoire officielle » est la première pétition lancée par six historiens réclamant l'abrogation de cette loi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 9 décembre 2005&lt;/span&gt; Jacques Chirac confie au président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, une mission pour « évaluer l'action du Parlement dans les domaines de la mémoire et de l'histoire».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 12 décembre 2005&lt;/span&gt; Une seconde pétition  « Liberté pour l'histoire »  est lancée par dix-neuf historiens, dont Pierre Nora, contre plusieurs dispositions législatives: la loi du 23 Février 2005 mais aussi celles du 13 juillet 1990 (sur les crimes contre l'humanité), du 29 janvier 2001 (sur le génocide arménien) et du 21 mai 2001 (sur la traite négrière et l'esclavage). C'est sur le fondement de cette dernière loi que l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur des Traites négrières, essai d'histoire globale (Gallimard, 2004), est attaqué au civil par le collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais qui lui reproche d'avoir relativisé la nature de l'esclavage dans un entretien à la presse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 20 décembre 2005&lt;/span&gt; Trente-deux personnalités (dont des historiens) prennent parti contre » Liberté pour l'histoire». Ils jugent « pernicieux de faire l'amalgame entre un article de loi éminemment discutable et trois autres lois de nature radicalement différente».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;  24 décembre 2005&lt;/span&gt; L'avocat Arno Klarsfeld, chargé par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, de mener un travail sur « la loi, l'histoire et le devoir de mémoire», suggère d'indiquer que » les programmes scolaires reconnaissent les méfaits de la colonisation ainsi que ses aspects positifs».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 4 janvier 2006&lt;/span&gt; « Le texte actuel divise les Français. Il doit être réécrit», affirme Jacques Chirac lors de ses voeux à la presse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 31 janvier 2006&lt;/span&gt; Le Conseil constitutionnel considère que l'alinéa consacrant le » rôle positif » de la colonisation est de nature réglementaire, ouvrant ainsi la voie à sa suppression par décret. Mais d'autres sujets de controverse subsistent dans la loi du 23 février 2005, en ce qui concerne les programmes universitaires notamment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt; 3 février 2006&lt;/span&gt; Retrait de la plainte contre l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/21540466-114087820760323653?l=mapero.blogspot.com'/&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://mapero.blogspot.com/feeds/114087820760323653/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=21540466&amp;postID=114087820760323653' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/114087820760323653'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/114087820760323653'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://mapero.blogspot.com/2006/02/histoire-ou-memoire.html' title='HISTOIRE OU MEMOIRE ?'/><author><name>Mapero</name><uri>http://www.blogger.com/profile/18330229540441522359</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='12670952770251108443'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-21540466.post-113828448088150839</id><published>2006-01-26T14:56:00.000+01:00</published><updated>2006-01-26T15:08:00.896+01:00</updated><title type='text'>La Collaboration en Loire-Inférieure 1940-1944</title><content type='html'>&lt;div style="color: rgb(0, 0, 153); text-align: justify; font-family: georgia;"&gt;Auteur : Christophe BELSER      &lt;br /&gt;Geste éditions, 2005.&lt;br /&gt;Deux volumes, 357 pages et 25 € chacun.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Le 19 juin 1940 les troupes allemandes entrent à Nantes. Le 12 août 1944 les troupes américaines entrent à Nantes. Entre ces deux dates, l'occupation se résume dans l'esprit de beaucoup à un événement majeur, l'exécution du Feldkommandant Karl Hotz par un commando des Bataillons de la Jeunesse, venu spécialement de Paris, suivie d'une répression aveugle, le tout en octobre 1941. En témoigne le monument aux Cinquante Otages fusillés par les nazis qui occupe une place évidente. Comme l'arbre qui cache la forêt?&lt;br /&gt;   Pour traiter de la Collaboration dans son contexte et sa diversité, l'auteur s'appuie sur une quantité extraordinaire d'archives publiques (celles des partis et les témoignages d'anciens collabos étant rarissimes) et son travail méticuleux crée le sentiment que plus rien n'échappe du sujet. Cela donne un livre incontournable, traitant de la vie du département sous l'occupation, de la collaboration d'État, du collaborationnisme et de l'épuration de manière quasiment exhaustive.&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;   1. La Loire-inférieure à l'heure de la Révolution nationale.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    L'administration est épurée par Vichy. Le préfet Leroy nommé par le Front populaire est remplacé par Philippe Dupard lui-même remplacé en 1943 par Édouard Bonnefoy (qui sera nommé à Lyon puis arrêté et déporté) et donc à son tour remplacé par Georges Gaudard que les Allemands arrêtent en mai 1944. Les préfets ont dû nommer plusieurs nouveaux maires. Ainsi les députés-maires Auguste Pageot (Nantes) et François Blancho (Saint-Nazaire), bien qu'ils aient voté les pleins pouvoirs à Pétain, perdent leur mairie. Le nouveau maire de Nantes fut Gaétan Rondeau, celui de Saint-Nazaire fut Pierre Toscer : deux fidèles du Maréchal. En octobre 1942, Rondeau est remplacé par Henri Orrion.&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;    L'auteur nous fait assister à l'application des grands thèmes de la Révolution nationale. Les loges maçonniques sont fermées. La Fête des Mères donne lieu à des célébrations officielles à Nantes, à la salle Colbert, au Théâtre Graslin, et à la cathédrale. La nouvelle politique de la famille est soutenue par des cours de démographie. L'Église sous l'impulsion de Mgr Jean-Joseph de Villepelet soutient le régime de Vichy. La foi s'accorde fort bien à la Révolution nationale et le département, catholique et pratiquant, s'en trouve prémuni contre les excès des collaborationnistes. Le clergé et l'opinion sont massivement anticommunistes, mais pas au point de s'engager au côté de ces ultras. Vichy favorise l'école confessionnelle et prône l'enracinement dans le terroir des vieilles provinces. Si le département est rattaché non à Rennes mais à Angers (suivant ainsi l'organisation militaire allemande), la culture bretonne est à l'honneur ; l'enseignement de l'histoire de la Bretagne est autorisé dès la rentrée d'octobre 1941, et par décret du 24 décembre 1941 l'apprentissage de la langue bretonne est légal.&lt;br /&gt;    L'arrestation des Juifs (484 résidants au 1er juillet 1941) provoque peu de réactions de sympathie, du fait d'un antisémitisme larvé. En dehors de petits commerces souvent fermés, l'aryanisation des entreprises concerne les Ateliers et Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire. Les dirigeants Fould, Lévy et Sée sont écartés mais le capital est restructuré par Vichy de manière à éviter la mainmise des intérêts allemands. Les chantiers fabriquent plusieurs navires pour les Allemands, d'où leur bombardement.&lt;br /&gt;    La mise en place du corporatisme remporte un succès particulier dans les milieux agricoles. L'un des principaux leaders syndicaux, Marcel Blanchard, métallo de la CGT, soutient la charte du travail, mais le dialogue entre patrons et salariés est ruiné par le STO source de tensions au sein des entreprises.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Des bureaux d'embauche ouvrent pour envoyer de la main-d'œuvre en Allemagne (Nantes, place du Change, dès juillet 1942). Les volontaires se faisant rares, les exigences allemandes touchent en priorité les grandes entreprises de la métallurgie (ACB : 293 requis sur un effectif de 2300 ; ACL : 234 sur 1750). L'automne 1942 voit se multiplier les réactions hostiles, par exemple à la SNCASO de Bouguenais, comme à l'arsenal d'Indret où le personnel proteste contre la désignation de 150 ouvriers. De ce fait les grèves du 11 novembre expriment une motivation qui n'est pas que patriotique, et elles sont bien marquées dans la métallurgie (90 % des ouvriers chez Dubigeon en 1942, 100 % des ouvriers chez Joseph-Paris en 1943, 71 % et 86 % aux Ateliers et Chantiers de la Loire…). Sous la pression de l'occupant, le gouvernement instaure le STO le 16 février 1943; il concerne les générations de 1920 à 1922. Outre que la mesure est impopulaire, elle fonctionne mal. D'après l'enquête réalisée pour 1943 (classe 1942), sur 13 761 jeunes de Loire-inférieure ayant été convoqués et qui se sont présentés, 1 938 sont déclarés inaptes, 6 717 exemptés sur ordre du commissariat général au travail, et 4 032 refusés par les services allemands : un petit millier seulement est susceptible de partir en Allemagne. Cette même enquête montre que 2 200 jeunes ne se sont pas présentés : 1 931 étaient déjà en Allemagne au titre de la Relève ou du volontariat ; c'est donc environ 300 réfractaires que Vichy va traquer, dès mars 1943. En février 1944 (classe 43) sur  2 535 jeunes de l'agglomération nantaise il y a 946 défaillants. Le 26 avril 1944, le gauleiter Sauckel, furieux, vient à Nantes et se répand en menaces devant les patrons et les collaborationnistes réunis au Frontheim rue Gambetta. Enfin les Groupes d'Action pour la justice sociale (GAJS) vont mener d'ultimes rafles jusqu'à l'été 1944.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2. Les acteurs de la collaboration&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Les Allemands mettent en place leur domination, avec de multiples services, dont on suit l'implantation dans la géographie nantaise. La Feldkommandantur s'installe à l'hôtel d'Aulx, place Foch. La GFP, réorganisée en 1942 en Sipo-SD (Sichereitsdienst), s'installe en face, à l'hôtel Charette —pour les Nantais, c'est la "Gestapo" comme l'indique la plaque commémorative actuelle. Le SD devient plus actif fin 1943 à l'arrivée de Paul Heimann, ex-commissaire de police à Magdebourg, avec ses méthodes plus brutales, et un ramassis d'agents français recrutés jusque parmi les truands. Du côté des services secrets de l'armée (Abwehr) : l'Ast (bureau local qui dépend d'Angers) est à la fois 14 rue du roi Albert, 6 rue Sully, 3 place saint-Pierre, rue Chauvin et rue Cassini. Ces services sont dirigés par l'Oberstcolonel Georges Hertschell puis par l'Hauptmann Hans Fischer. Ils recrutent des auxiliaires français en piochant dans les réseaux collaborationnistes : tel Marcel Juino, un étudiant de l'IPO qui a rejoint le Francisme et servira aussi le SD, ou Julien Rolland jeune retraité des colonies devenu cadre de la LVF, le capitaine Henri Laurenceau, et enfin James de Junquières pour citer les plus connus. La PS (Propagandastaffel) du Sonderführer Menny, établie place Saint-Pierre, exerce son pouvoir sur la presse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    La collaboration économique est étudiée avec le rôle des entreprises du BTP en raison de la construction du Mur de l'Atlantique. L'Organisation Todt est présente à Saint-Nazaire dès janvier 1941. Après le dynamitage des bâtiments de la Cie Transatlantique, ses ingénieurs vont bâtir un ensemble bétonné de 300 mètres de long sur 130 de large et 18 de haut. Il est créé en 1943 un Groupement nantais d'entreprises (GNE) qui répartit les commandes (un quart du montant des travaux réalisés pour les Allemands au premier semestre 1944) ; la société Grossin en est la principale "bénéficiaire", ces sociétés sont en effet menacées de réquisition au cas où elles refuseraient de collaborer. Mais c'est l'entreprise de Jean Le Guillou qui est en tête des marchés passés avec les Allemands : elle a déjà réalisé le marché de Talensac et le stade Malakoff. Le Guillou travaille pour l'Organisation Todt, pour la Luftwaffe (Château-Bougon, Dinard), pour la Kriegsmarine et il s'est associé avec Walter, une firme berlinoise du BTP dans une co-entreprise dénommée GWL. C'est le grand profiteur local de la collaboration économique : ses profits lui permettent d'acquérir cabarets parisiens, bijouteries, boutiques de haute couture, écurie de chevaux de courses avec un crack, Ali Pacha, monté par un jockey à la casaque jaune et verte. C'est l'origine des couleurs du FCN, créé le 21 avril 1943 par Jean Le Guillou avec son ami Marcel Saupin en regroupant plusieurs petits clubs. Jean Le Guillou en est président et financier. Arrêté le 9 septembre 1944, il s'exile en Suisse et revient après l'amnistie de 1951. Son entreprise a été temporairement mise sous séquestre en 1945. Il en reprend la direction et Marcel Saupin lui rend la présidence du FCN jusqu'à sa démission en 1958.&lt;br /&gt;    La collaboration économique c'est aussi un énorme prélèvement opéré par les occupants. Le camp de La Gascherie à La Chapelle-sur-Erdre sert à stocker le produit du pillage, notamment les véhicules abandonnés par le corps expéditionnaire britannique, mais aussi toutes sortes de métaux récupérés pour l'Allemagne par des trafiquants protégés en cas de dénonciation ou d'arrestation par la gendarmerie française. Un phalangiste espagnol devenu négociant en fruits et légumes, Pedro Sastre, organise le détournement des produits alimentaires au profit des Allemands. De même, Émile Goulet, chef local du PPF devenu cadre du SRMAN, est aussi acheteur officiel de produits d'épicerie et crémerie pour les Allemands.&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;    Des organisations collaborationnistes, aucune ne manque. L'idéologie commune allie un anticommunisme répandu dans la majeure partie de la population à une attirance pour le nazisme qui l'est bien moins et passe par une double critique de la mollesse des autorités de Vichy et des Anglo-Saxons valets des banques et des juifs "cosmopolites". L'auteur fournit une grande quantité de citations dans le dernier chapitre du tome 2. Cet argumentaire a comme un parfum d'anti-mondialisation… Le refuge face à l'internationalisme du grand capital ou des communistes est ce que les nazis appellent "Blut und Boden" (le sang et le sol).&lt;br /&gt;• Le groupe Collaboration (GC), animé par l'ex-communiste et ex-PSF Charles Martin. Il est présidé par Alphonse de Châteaubriant (Goncourt 1911 et Grand prix de l'Académie française pour La Brière en 1923). Le 23 avril 1941 sa conférence réunit 1 500 auditeurs au théâtre Graslin. Le comité d'honneur de Collaboration, constitué en 1942, comprend certaines élites : l'industriel Lefèvre-Utile, le colonel Boudot futur chef local de la Milice, René Delafoy ancien député du bloc national.&lt;br /&gt;• Le MSR (Mouvement social révolutionnaire) du cagoulard Eugène Deloncle, qui décline vite, malgré l'activisme du métallo ex-communiste André Goukenleuke.&lt;br /&gt;• Le RNP (Rassemblement national populaire) fondé au niveau national par Marcel Déat (qui invente ce terme : collaborationnisme) est dirigé par une femme, Lucienne Sauvaget, en 1943.&lt;br /&gt;• Le parti franciste est relancé en 1941 ; ses adhérents portent l'uniforme bleu. Ils seraient 80 en 1943 pour leur congrès local. La population s'en prend souvent à eux car ils créent des incidents à Nantes et à La Baule.&lt;br /&gt;• Le PPF (Parti populaire français) serait le premier groupe fascisant par ses effectifs en Loire-inférieure avec 300 militants en 1943. Jacques Doriot fit une conférence au théâtre Graslin, le 24 avril 1942. — À ne pas mélanger avec le PSF (Parti social français), la principale force de droite de Loire-inférieure avec 30 000 adhérents au début de 1940. Son fondateur, François de La Rocque est arrêté par les Allemands en février 1943 et déporté ; le PSF, déchiré entre résistance (Audibert), collaboration et attentisme, va pratiquement disparaître.&lt;br /&gt;• Le PNB (Parti nationaliste breton) a été dissout en 1939. Son leader Olivier Mordrel revient dans les bagages des nazis, avant de repartir pour un exil définitif en Irlande dès la Libération. La permanence du 10 rue Voltaire s'appuie sur 300 militants (150 selon, l'historien Kristian Hamon), dont Hervé Le Boterf. Sa propagande (surtout des tracts) "amuse la population" selon le rapport des Renseignements Généraux. Il a été capable de réunir une fois 150 personnes.&lt;br /&gt;• La LVF (Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme) installe sa permanence nantaise place du Pilori. La LVF est d'abord animée par James de Junquières, également actif au PPF. Le 25 juillet 1943, la kermesse de la LVF attire 2 500 personnes, soit la plus importante manifestation collaborationniste.&lt;br /&gt;• L'autorisation de la Milice en zone nord le 27 janvier 1944 donne une dernière impulsion au collaborationnisme. En juin 1944 Boudot, leur chef, peut compter sur 70 recrues. La Milice, qui a prend son siège nantais 3 rue Harrouys, est mal vue des autres mouvements et son action a été limitée. L'autre milice, les GAJS, est envoyée contre les réfractaires et participe à l'assaut contre le maquis de Saffré.&lt;br /&gt;    Au total, les effectifs de ces différents groupes ont pu s'approcher de 2 000 personnes dont 100 à  200 activistes. Les chiffres de diffusion de la presse, début 1943, sont explicites : à côté des 105 000 exemplaires du Phare de la Loire, et des 2 200 exemplaires de Paris-Soir, la Gerbe, organe du groupe Collaboration se hisse au 3è rang avec 670 exemplaires, et L'Heure bretonne du PNB en diffuse 435.&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;    &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;3. Résistance, Libération  et Épuration&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Les mouvements de Résistance, actifs dès 1940, chutent généralement par imprudence et infiltration. Le capitaine Honoré d'Estienne d'Orves et ses amis du réseau Nemrod  sont arrêtés dès janvier 1941, ainsi que le groupe dit des anciens combattants animé par Léon Jost. Après l'assassinat du feldkommandant Hotz, les délateurs deviennent plus actifs. Les groupes Hévin, Vandernotte, et Max Veper sont dénoncés par André Barrault qui les a infiltrés.  L'élimination des FTP se fait entre  mars 1942 et février 1943, avec la trahison de James Rogier, et suite à l'action de la police française, c'est-à-dire du SRMAN (service de répression des activités antinationales). En janvier 1943 le procès de 45 résistants communistes se solde par 37 condamnations à mort. L'année 1943 voit chuter de nombreux autres résistants : 60 membres de Libération-Nord (dont Audibert), les leaders du FN (tel Libertaire Rutigliano). Mal organisé et mal protégé, le maquis de Saffré, qui s'étendait dans le triangle Héric, Nort-sur-Erdre, Saffré, est écrasé le 28 juin 1944. Les opérations sont conduites par Georg Bruckle chef des 120 hommes du SD venus d'Angers et de Nantes avec leurs auxiliaires français. Après les combats, 27 maquisards sont passés par les armes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Les bombardements aériens subis par Nantes (pour la première fois le 16 septembre 1943, puis le 23) et par Saint-Nazaire (évacuation totale ordonnée le 16 mars 1943) apportent temporairement une popularité limitée d'un aspect du collaborationnisme : l'aide d'urgence aux sinistrés alias COSI (Comité ouvrier de secours immédiat). Le 16 septembre, les 200 bombes larguées sur le centre-ville de Nantes tuent 450 personnes. Le 23 septembre est pire : 1 441 morts. Déjà le 23 mars l'usine des Batignolles a été visée (33 morts) et le 4 juillet la SNCASO détruite à Château-Bougon. Les Nantais s'étaient habitués aux alertes et ne croyaient pas que le centre-ville puisse être touché, d'où le nombre élevé de victimes. Dès lors beaucoup se replient à la campagne, y compris le SD qui s'installe au château de l'Angebardière à Vertou. L'activité industrielle est réduite à néant : sur 11 487 ouvriers travaillant à Nantes avant le 16 septembre, on n'en compte plus que 2 033 après le 23 septembre. Pour ceux qui n'ont pas évacué la ville, le ravitaillement devient meilleur... mais il devient plus difficile dans le reste du département. Les bombardements continuels (encore 60 morts sur les quais de Nantes le 16 juillet 1944) provoquent une réprobation populaire jusqu'à l'arrivée des troupes alliées.&lt;br /&gt;    Après les bombardements de septembre 1943 c'est la désaffection progressive pour le collaborationnisme ; une note interne du PNB demande aux militants de préparer prudemment l'après-Libération. Dès mai 1944, Hertschell, l'agent du SD prend le large et son auxiliaire français Rolland disparaît : nul n'a retrouvé sa trace. En novembre 1944, les SD et certains de leurs alliés nantais se retrouvent du côté de Mannheim, tandis qu'une quarantaine de Waffen-SS de la région nantaise se battent dans la Division Charlemagne... La période de la Libération a été marquée par une série de délits et de crimes, du fait des collabos aux abois et aussi du fait d'une Résistance contaminée d'éléments troubles. Le gangstérisme concerna surtout les villages avec des attaques de fermes. La poche de Saint-Nazaire n'ayant capitulé que le 11 mai 1945 après des combats dévastateurs, les 125 000 civils pris au piège y connurent de grosses difficultés.&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;     L'épuration légale, qui s'appuie sur une nouvelle vague de dénonciations et de lettres anonymes, est gérée depuis Angers par le Commissaire de la République Michel Debré. La cour de justice de Loire-inférieure est installée le 7 novembre. Au 1er janvier 1946, 1 548 personnes ont été internées dans le département (1 342 pour motif politique). Un bilan en mai 1947 fait état de 472 personnes passées en cour de justice dont 60 peines capitales (41 par contumace - essentiellement des personnes engagées dans la LVF et les Waffen-SS). La chambre civique a fait comparaître 1 225 personnes et prononcé 1 001 peines de dégradation nationale (171 par contumace). Les affaires classées des deux chambres étant de 521, c'est un total de 2 218 affaires que la justice de l'épuration a dû examiner en trente mois. Les 181 personnes ayant fait partie des organisations collaborationnistes passées devant la cour de justice représentent tous les groupes, depuis 29 PPF jusqu'à 3 PNB, tandis que 111 dénonciateurs de résistants furent aussi jugés. Les condamnés appartiennent à toutes les catégories socioprofessionnelles, surtout les plus modestes, avec seulement un membre de profession libérale sur l'échantillon de 400 personnes étudié par Christophe Belser. Finalement cinq exécutions capitales eurent lieu en Loire-inférieure, celles notamment de Junquières exécuté au Petit-Port le 20 janvier 1945, Barrault le 18 décembre 1945, et Montaudon le 5 mars 1946.&lt;br /&gt;    La presse n'échappe pas à l'épuration. Le Sonderführer Menny avait été le vrai patron de la presse du département et, du Phare de Loire au Courrier de Paimbœuf, chaque titre publia ce qu'il exigeait, surtout en première page. En conséquence, la société éditrice du Phare de Loire est dissoute en 1946 et son directeur fit cinq mois de prison, tandis qu'un autre journaliste, Lucien Mignoton, plus proche encore des Allemands, est condamné à mort (puis amnistié), et que Henri de La Ferronays du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Journal d'Ancenis&lt;/span&gt; agonise en prison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;     Par ailleurs, l'épuration économique prit parfois des allures de retour à la lutte des classes. Pour l'essentiel, le personnel de plusieurs entreprises s'en prend à des ingénieurs ou des cadres, souvent parce qu'ils avaient dû désigner des salariés pour le STO. Aux chantiers Dubigeon, on fit grève pour se débarrasser de trois ingénieurs, dont un Belge qui fut licencié. À la compagnie  des Tramways nantais, les cadres dirigeants belges furent également accusés de collaboration. La xénophobie a donc eu quelque rôle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    L'affaire des Cinquante Otages, aussi dramatique soit elle, n'est donc pas toute l'histoire nantaise entre 1940 et 1945. La Collaboration a été présente, variée, visible et autant sinon plus active que la Résistance.&lt;br /&gt;    Cependant, dans sa conclusion, l'auteur estime que la collaboration, la résistance et l'épuration n'ont pas ébranlé les équilibres sociopolitiques de l'Ouest de la France, la droite conservant la direction du Conseil général jusqu'en 2004.&lt;br /&gt;    J'ajoute que la bibliographie récente fournie en fin d'ouvrage indique bien le renouvellement de nos connaissances sur Nantes et sa région pendant la Seconde guerre mondiale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***********&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/21540466-113828448088150839?l=mapero.blogspot.com'/&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://mapero.blogspot.com/feeds/113828448088150839/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=21540466&amp;postID=113828448088150839' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/113828448088150839'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/21540466/posts/default/113828448088150839'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://mapero.blogspot.com/2006/01/la-collaboration-en-loire-infrieure.html' title='La Collaboration en Loire-Inférieure 1940-1944'/><author><name>Mapero</name><uri>http://www.blogger.com/profile/18330229540441522359</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='12670952770251108443'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>0</thr:total></entry></feed>